Accueil du site - Parents - TDA/H, l’avis et les recommandations d’un professionnel

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Le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H) ou l’hyperkinésie avait fait l’objet d’un précédent article (1). Il s’agissait du témoignage de Marie qui évoquait ses difficultés avec son fils de 7 ans ainsi que son quotidien et ses questions. Au-delà de l’importance d’un vécu, il est aussi utile de connaître la perception de professionnel par rapport à ce trouble dont on parle beaucoup dans les médias.

C’est donc au Docteur Guillaume, pédopsychiatre à l’hôpital Vincent Van Gogh de Marchienne- au- Pont, que nous avons demandé son avis et ses conseils sur ce thème. Pour débuter, quelques repères donnés par le Docteur Guillaume :

- Au niveau du cerveau, il n’y a pas de lésions objectivable mais plutôt un dysfonctionnement à minima. On peut situer le problème notamment au niveau de la dopamine qui influence la régulation de l’attention et inhibe les comportements impulsifs.
- Quelques données chiffrées peuvent aussi éclairer et même relativiser la problématique : de 50% à 70% des enfants diagnostiqués TDA/H le sont toujours à l’adolescence et donc cela implique que 30% à 50% ne le sont plus.
- Le trouble concernerait de 2% à 10% des enfants en âge scolaire et les garçons sont trois fois plus concernés que les filles
- Il n’y a pas de signe clinique de certitude et l’historique des symptômes est l’élément essentiel (anamnèse des parents, de l’enfant, de l’entourage, des professeurs…)
- Il faut pouvoir d’emblée éliminer certaines pathologies somatiques (comme la surdité partielle, des absences épileptiques, un dysfonctionnement thyroïdien, un empoisonnement aux métaux lourds…) mais aussi des troubles psychiatriques (états anxieux réactionnels à des stress psychosociaux, troubles de l’humeur, troubles envahissants du développement…).

Enfin, il faut être attentif à des symptômes (décrits dans la littérature scientifique) d’inattention ou d’hyperactivité persistants, d’une durée d’au moins six mois et qui ne correspondent pas au stade de développement de l’enfant concerné. Cependant, insistons sur la première démarche qui est de consulter un neuropédiatre ou un pédopsychiatre afin d’établir un premier bilan qui pourra alors permettre d’établir une prise en charge adaptée. Des échelles d’observation validées scientifiquement sont aussi facilement accessibles sur internet pour les parents comme pour les enseignants (échelle de Conners)

Outre ces quelques repères, il est important de ne pas « diaboliser » cette problématique, d’affirmer en vrac qu’elle est sous diagnostiquée ou sur diagnostiquée, qu’un traitement médicamenteux solutionne tout, de faire trop vite un diagnostic d’hyperactivité. Il faut de plus poser d’emblée que le symptôme cardinal n’est pas l’hyperactivité mais bien le déficit de l’attention et c’est sur cela qu’un traitement médical peut éventuellement agir : « L’enfant est plus distrait, plus réactif aux stimulations de l’environnement, et dès lors plus agité mais le problème de base est le déficit attentionnel  ».

Pour le Docteur Guillaume, il est essentiel de pouvoir situer l’âge du début des troubles. En général, il est constaté dès le début de la scolarisation en primaire. Certains de ces enfants, avec l’aide des parents et le soutien de l’enseignant n’éprouvent pas trop de difficultés en primaire s’ils ont un bon niveau intellectuel. C’est à l’entrée du secondaire que cela devient plus difficile pour le jeune de maintenir son attention face à une matière scolaire plus abondante : « L’information aux parents leur donne la possibilité d’ expliquer les consignes de base mais aussi les avertir qu’ils vont devoir encourager leur enfant qui a peut-être des besoins particuliers et qu’ils devront modifier ou adapter leur modèle éducatif  ». En Belgique, et contrairement à certaines idées reçues, il n’est pas aisé de prescrire des traitements médicamenteux (comme la rilatine). En effet, il faut au préalable que le diagnostic ait été posé par un neuropédiatre ou un neuropsychiatre, qu’il y ait des garanties d’un suivi individuel (psychologique, logopédique), que des conseils soient donnés aux parents et que le milieu scolaire soit informé des mesures à prendre et surtout : « que l’ensemble de ses mesures se soient révélées insuffisantes  ». Le seul bémol pourrait être que le traitement est remboursé seulement si l’hyperactivité est aussi présente et pas seulement pour un trouble de l’attention.

Enfin, si un traitement fonctionne peu ou mal et sans constater d’amélioration, il est parfois préférable de le réduire progressivement et il faut alors envisager d’autres stratégies. A l’adolescence, le jeune doit aussi être partenaire dans son traitement au risque qu’il l’arrête ou qu’il le néglige. Des campagnes de prévention existent, les enseignants sont informés, les médias abordent souvent ce thème. Cependant, l’information essentielle est qu’en cas de suspicion de ce trouble, la première étape reste un bilan médical avec les professionnels compétents. Pour plus d’informations sur le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité, il est recommandé de consulter le site www.tdah.be

(1)l’article s’appelle :TDA/H, hyperkinétique, enfant agité… pour le rejoindre cliquer ici

Article écrit par Dominique Leborgne