Accueil du site - Professionnels - Actions CAAJ - SAMIO, une alternative à l’IPPJ

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SAMIO, c’est-à-dire sections d’Accompagnement, de Mobilisation Intensifs et d’Observation ont été mises en place depuis mars 2011. Cette structure, grâce à un accompagnement éducatif intensif dans le milieu de vie, a pour fonction d’être une alternative au placement en IPPJ mais semble encore peu connue même dans le secteur de l’Aide à la Jeunesse. Une rencontre avec Mr Rombaux (coordinateur du Samio à MONS) et les modifications du décret de 1991, nous donnent l’occasion de repréciser les missions de ces sections mises en œuvre par les SPJ.

Très schématiquement, le cadre général des missions des SAMIO sont : « Assurer l’accompagnement éducatif intensif et l’encadrement individualisé - AEI - tels que prévu à l’article 37, §2, 3° de la loi du 8 avril 1965 relative à la protection de la jeunesse, à la prise en charge des mineurs ayant commis un fait qualifié infraction et à la réparation du dommage causé par ce fait, Assurer, lors de la phase provisoire, l’observation du mineur et la mobilisation intensive de ses ressources - OMI - et ainsi contribuer à la réalisation des mesures d’investigations visées à l’article 50 de la même loi. Ces deux missions peuvent être poursuivies successivement ».

Parallèlement aux textes, tout était à construire pour permettre la mise en place d’un projet opérationnel d’accompagnement intensif, ciblé, centré sur le jeune et sur son projet à long terme. Avec la systémique comme grille de lecture et notamment avec « le jeune comme symptôme d’un dysfonctionnement de la famille », le défi est de taille pour réaliser un changement dans des situations lourdes pour lesquelles « tout le monde crie au secours ». Il faut faire beaucoup de choses en peu de temps en se centrant sur le jeune mais aussi sur son entourage, et cela que la mesure soit une observation et une mobilisation intensive des ressources (OMI, mesures d’investigation, 3 mois renouvelable une fois) ou un accompagnement éducatif intensif (AEI, mise en place sur base d’un jugement 1 an).

Quelques chiffres, provenant du rapport d’activités 2012 des SAMIO, permettront de mieux situer le public pris en charge. L’âge médian des jeunes suivis est de 16 ans et 84% sont des garçons (même proportion qu’en IPPJ) ; pour un jeune sur huit, c’est la première prise en charge et deux sur trois ont été l’objet de cinq mesures au préalable. Majoritairement, le milieu socioéconomique d’origine est peu favorisé et 1/3 des jeunes n’a pas le CEB, 47% viennent de familles monoparentales. Enfin, la moitié des jeunes suivis connaissent une évolution positive, dans le cas contraire, les placements en IPPJ sont majoritaires.

Derrière ces chiffres, les réalités sont évidemment différentes d’un jeune à l’autre. La parole des jeunes qui ont bénéficiés d’un tel accompagnement évoque, dans un premier temps le passage d’un sentiment de contrôle à la reconnaissance d’une aide utile. Comme son intitulé le précise, l’aspect « intensif » qui peut se traduire par des visites plusieurs fois par semaine ne doit pas se transformer en un aspect « intrusif ». Compétent pour les arrondissements judiciaires de Mons, Tournai, Nivelles et Charleroi, la SAMIO de Mons est composée d’intervenants qui ont une solide expérience. En effet, les jeunes concernés sont impliqués dans des faits très graves et présentent parfois des comportements dangereux pour les autres mais aussi pour eux-mêmes. L’exemple de cette jeune fille, ayant fait une tentative de meurtre mais aussi s’automutilant, multipliant les tentatives de suicide, polytoxicomane et qui accepte après une hospitalisation mais aussi de ce jeune avec un père délinquant et qui « se doit » d’être loyal envers celui-ci ou enfin, cette famille dans laquelle plus personne ne se parle vraiment et où un passage à l’acte violent du jeune permet enfin de mettre des mots sur des souffrances. Quelques illustrations parmi d’autres où les intervenants de la SAMIO doivent décrypter le système familial dans son fonctionnement, ses valeurs et ses croyances. Pour M.Rombaux, imposer des valeurs dans des familles, cela ne marche pas. Il est donc question de partir des valeurs et des croyances des familles et essayer de les confronter à des réalités et à des normes sociétales en permettant aux membres du système familial de mieux comprendre pour éventuellement changer leurs fonctionnements.

Evidemment, cela ne réussit pas dans toutes les situations. Une des limites dans certaines familles est quand il existe des problématiques de santé mentale. Même dans ces cas, un accompagnement est possible et des orientations dans le secteur du soin peuvent faire avancer les jeunes. Cet exemple est aussi illustratif du risque de double mandat (justice/santé) et de l’importance de pouvoir mettre des ponts entre les secteurs complémentaires. Un placement en IPPJ peut être stigmatisant, de même l’IPPJ ne peut pas résoudre tous les problèmes de ces jeunes. L’essentiel pour les travailleurs de la SAMIO, c’est donc d’arriver à mettre du sens dans cet accompagnement qui, rappelons le une nouvelle fois, est une alternative au placement en IPPJ. C’est à travers le décodage du système familial et la mise en projet réaliste et réalisable pour les jeunes mais aussi par un (ré) apprentissage des règles d’une vie en société et par une réappropriation des rôles parentaux qu’il est possible de redonner du sens pour des jeunes et des familles ayant un parcours difficile.

Cette initiative est encore récente. Cependant, des questions se posent déjà. Certaines sur le fond du projet comme la vision de certains magistrats sur la fonction des SAMIO en lien avec un manque de places dans les services ou encore les risques de double mandat pour des situations où précisément des secteurs différents sont pertinents pour certains jeunes et pour qui le travail en réseau est essentiel pour éviter la rupture du lien. D’autres questions très concrètes comme l’importance des frais liés aux déplacements dans des zones géographiques étendues (de Mons à Mouscron, Jodoigne ou Chimay par exemple), l’importance dans le temps de travail de permettre des échanges entre les SAMIO, des supervisions pour des situations complexes… Toutes ces difficultés ne semblent pas, en tout cas, diminuer l’enthousiasme des équipes dans leur travail et leur projet.

Pour tout contact avec la SAMIO Hainaut et Nivelles : Téléphone : 065/39.72.59 - GSM : 0473/94.93.40.

Article écrit par Dominique Leborgne.