Accueil du site - Professionnels - Actions CAAJ - Priorité à la prévention, suite de l’aperçu des modifications du décret du 4 mars 1991

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L’ancienne mouture du décret ne définissait pas le concept de prévention, la référence à ce sujet était donc le célèbre avis n°50 du Conseil Communautaire de l’Aide à la Jeunesse. Le décret modifié définit la le concept de prévention comme « l’ensemble des actions menées dans le domaine socio-éducatif tant au plan local que régional ou communautaire visant à réduire la quantité globale de violences institutionnelles, symboliques, familiales ou encore relationnelles subies par les enfants ou les jeunes et pour éviter que les réactions des enfants et des jeunes n’appellent en retour de nouvelles violences ». Définir la prévention, c’est aussi la possibilité de repréciser le cadre de travail et de relancer la réflexion et l’analyse autour de questions comme les phénomènes d’exclusion et de violences et surtout de relier ces notions avec une démarche concrète de projets.

Avis n°50 du Conseil Communautaire de l’Aide à la Jeunesse.

Au-delà de ce passage à une définition, c’est le rôle des Conseils d’Arrondissement d’Aide à la Jeunesse qui se recentrent sur l’aide spécialisée tout en essayant d’éviter le risque de se « recentrer sur soi ». Certains services ont parfois du CAAJ l’image d’une structure éloignée des réalités quotidiennes, l’objectif des modifications est de tenter de changer cette image et cela à plusieurs niveaux. D’abord dans sa composition avec entre autres des représentants des services de l’aide spécialisée, un expert et les deux co-présidents de deux plates formes obligatoires (CPAS et accrochage scolaire). Les membres avec voix délibérative seront les représentants du milieu ouvert, des services d’accueil des mineurs en dehors de leur milieu de vie, des services d’accompagnement dans le milieu de vie, d’un représentant soit d’un IPPJ soit d’un SPEP, d’un représentant des SAS et des deux co-présidents des plates-formes intersectorielles. La volonté de trans-sectorialité va donc se retrouver dans la formalisation de ces plates-formes mais aussi dans la possibilité de mettre en place d’autres groupes de travail thématiques. Le CAAJ a donc des missions principales qui sont de stimuler la prévention générale et aussi de développer un processus permanent de participation des jeunes. Outre cela, les autres tâches sont : l’élaboration d’un diagnostic social et d’un plan d’action triennal, l’information et la concertation avec les acteurs locaux et l’interpellation des pouvoirs publics sur les problématiques du secteur. Il s’agit ici de faire remonter des constats qui émaneraient aussi de cette intersectorialité. Pour repréciser l’importance de ces plateformes, il est question d’évaluer la mise en œuvre des protocoles de collaboration avec d’autres secteurs. Cependant, pour Monsieur Noël (Directeur général adjoint de la DGAJ), cela pourrait poser question dans la mesure où il s’agirait pour les CCAJ d’évaluer des accords dans lesquels ils ne sont pas partie prenante.

Les SPJ et les SAJ sont également au centre de cette volonté de prioriser la prévention et plusieurs changements sont inscrits dans les missions des directeurs et des conseillers de l’Aide à la Jeunesse. Rappelons, pour les directeurs des SPJ, la mise en œuvre des Sections d’Accompagnement, de Mobilisation Intensifs et d’Observation (SAMIO) qui ont été mises en place depuis mars 2011 sont maintenant inscrites dans le décret modifié. Les SAMIO, par le biais d’un accompagnement éducatif intensif dans le milieu de vie du jeune, constituent une alternative au placement en I.P.P.J. Nous reviendrons sur cette structure dans un prochain article.

Le conseiller de l’aide à la jeunesse, outre sa mission d’aide individuelle, mène aussi un programme de prévention générale et devra l’évaluer. Il participe au diagnostic social et au plan d’action du CAAJ. Une section de permanence spécialisée, d’ailleurs déjà existante depuis plusieurs années dans les différents SAJ, est créée « selon les modalités fixées par le gouvernement ». Bien que cela puisse être considéré comme une reconnaissance du travail et des travailleurs assumant déjà cette fonction d’accueil des premières demandes, quelle sera encore la place de l’administration dans cet exemple (et dans d’autres sur lesquels nous reviendrons) à partir du moment où c’est le politique qui en précise des modalités. Dans la vidéo qui suit, vous avez deux interviews l’un d’une conseillére au SAJ et l’autre d’un directeur SPJ.

On pourrait aussi considérer comme « superflu » le fait de légitimer des pratiques déjà existantes comme les sections de permanence spécialisées au sein de la section sociale. De nouveau, Monsieur Noël soulignait également « une tendance du législateur à tout vouloir organiser dans les moindres détails » alors que l’administration est, et serait, capable de mettre en place ces différentes modalités. De plus, le fait pour le SAJ de développer son projet de prévention ne risque t-il pas d’alourdir très fortement la charge de travail déjà importante en ce qui concerne les dossiers individuels ? La question de la cohérence avec la démarche et le plan d’action du CAAJ sera également à observer et à évaluer.

Pour reprendre quelques uns des propos d’Yves Polomé (Directeur général adjoint à la DGAJ) : « La prévention, c’est l’affaire de l’Aide à la Jeunesse mais aussi de l’école, de la santé et d’autres secteurs au niveau local, tout cela doit remonter au niveau communautaire. Ici, la modification, c’est que c’est l’administration qui impulse la prévention générale ». Il importe de souligner que l’administration a un service projet qui doit, entre autres, avoir de véritables liens avec le terrain. Le diagnostic social demandé au CAAJ est aussi un futur outil pour chaque arrondissement qui doit permettre de faire un état des lieux, une analyse, une priorisation des besoins et un plan d’action le plus en phase possible avec les réalités locales. La crainte de certains services de rajouter du diagnostic à d’autres diagnostics (des plans de cohésion sociale par exemple) et de devoir se transformer en statisticiens ou en sociologues reste quand même présente et devra aussi être prise en compte dans les premières évaluations de cette démarche. Dans la vidéo qui suit, Y Polomé donne son point de vue.

Ces craintes autour du diagnostic social, de la charge de travail supplémentaire pour les SAJ, des modalités à préciser par le gouvernement dans certains cas versus le rôle de l’administration mais aussi davantage de transversalité, de prévention, de droits des jeunes et de leur entourage, de participation, de connaissances …, autant de sujets à évaluer lors des prochaines années.

Article écrit par Dominique Leborgne. Musique et caméra Michaël Chainis et montage Benoît Moury.