Accueil du site - Parents - Plaine de jeux...quels enjeux ?

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Voici venu le temps des rires et des chants, du beau temps, de la fin de l’année scolaire … bref des vacances. Bien souvent, ce temps-là fait resurgir chaque année (la Terre étant ce qu’elle est, certaines questions deviennent également cycliques) pour les parents la question des occupations de leurs enfants : que vont-ils faire durant ces deux mois ? Une option parfois pensée, et parfois envisagée, est la plaine de jeux.

Qui dit plaine de jeux, dit environnement particulier. Quand ce dernier est inconnu, il suscite d’emblée une certaine méfiance, et c’est d’autant plus vrai concernant la plaine de jeux : « Qui s’occupera de mes enfants la journée ? Que feront-ils comme activités ? S’y plairont-ils ? Est-ce que les moniteurs sont qualifiés ? Qui les encadre ? Est-ce que ce sera intéressant pour mes enfants ? ».

Alors, on se retourne vers l’institution qui gère la plaine de jeux. On se renseigne. On cherche çà et là des informations … qu’on peine parfois à mettre en accord. L’incertitude reste … et l’on doit ainsi s’en remettre au fonctionnement de l’institution.

Et dans les coulisses, comment ça se passe ? Quels sont les enjeux ?

1. L’équipe

Souvent, l’équipe est composée d’une personne qui a la responsabilité de la plaine (directeur/trice), d’un sous-chef (pas toujours le cas), d’un chef de plaine, d’un chef moniteur (pas toujours le cas) et d’une équipe de moniteurs qui varie en fonction du nombre d’enfants que la plaine peut accueillir.

Les postes de chef de plaine, de chef moniteur et de moniteurs sont souvent des postes où l’on vient juste de recruter. Il est assez rare de conserver des moniteurs ou des chefs de plaine au-delà de 3 ans. D’ailleurs, si vos enfants retournent dans la même plaine de jeux pendant plusieurs années, il est tout à fait courant que ce ne soit pas les mêmes moniteurs qui les animent et que, chaque année, l’équipe soit renouvelée.

Ce qui représente un enjeu majeur pour la plaine : former les nouveaux moniteurs. Ceux-ci sont généralement âgés entre 16 et 25 ans et ont rarement suivi une formation spécifique en animation, n’ont pas de diplôme, n’ont pas ou peu d’expérience en la matière. A cela se rajoute les éventuels stagiaires qui viennent en plaine de jeu et qui se font suivre par une équipe d’animateurs (il arrive que ceux-ci soient même moins formés que les stagiaires). Animer à 16, 17, 18 ans (voire plus) n’est pas aisé. Certains jeunes animateurs sont confrontés à la proximité de l’âge avec les enfants animés (ex : deux ans d’écart), à la différence de taille, de force physique… Très vite, on se rend compte que la gestion de la discipline passe par autre chose que par des critères physiques (être plus grand, plus fort physiquement, être bien plus vieux…) même si ceux-ci aident. Il faut créer une relation avec le jeune sans être dans le répressif (tout en se faisant respecter), ni dans le trop tolérant (ne pas se faire « marcher » dessus), instaurer une proximité sur certains points (pour établir la confiance) et instaurer une distance sur d’autres (vie privée). Les jeunes adolescents ne se privent pas pour « tester » leurs animateurs (on dira que c’est le job après-tout) et il faut savoir répondre présent quand il faut avec les mots adéquats. Parfois, ces tests préfigurent des inquiétudes du jeune animé envers son moniteur : « Suis-je en sécurité avec lui ? Sera-t-il capable de m’aider ? » Plus on est jeune moniteur, moins cela semble évident de comprendre les demandes et les besoins des plus jeunes ainsi que de comprendre les problématiques sous-jacentes. Il est important, donc, d’avoir un suivi ainsi que d’être entouré.

2. La pédagogie

Être moniteur en plaine de jeux ne se résume en aucun cas à occuper les enfants. Il faut les animer (ceci dit, ils sont loin d’être inanimés !). En soi, cela veut dire : préparer des jeux, inventer un cadre pour ceux-ci (atmosphère), les organiser sur une semaine, varier les jeux, susciter des apprentissages différents, varier la dynamique d’une journée, prévoir (pour les petits) les temps de siestes… Et pour les plaines pédagogiques, les animateurs sont tenus de remplir un carnet d’activités et de le remplir une semaine à l’avance et d’y spécifier les savoirs, savoir-faire et savoir-être ainsi que les compétences développées pour chacun des jeux. Il est parfois peu aisé de trouver du temps entre deux animations pour le remplir.

3. Les enfants

Il est délicat de s’occuper d’enfants. Quand il s’agit des siens, c’est plus facile que quand ce n’est pas le cas. Pour cause, chacun éduque ses enfants à sa façon, éduque à sa manière, leur inculque différentes valeurs … qui ne sont pas toujours présentes chez tous les enfants. Or, le moniteur doit faire avec. Il doit faire fonctionner un groupe, composé d’enfants différents, ce parfois en rentrant en conflit (sans le savoir) avec ce que l’enfant vit chez lui et a comme cadre avec ses parents. Il est fréquent de constater que certains enfants manquent de cadre au quotidien. Les recevoir à la plaine de jeu, c’est leur poser des limites, des cadres d’action de ce qui est permis et de ce qui ne l’est pas. C’est terriblement frustrant pour ces enfants … et il faut gérer cet aspect-là des choses. Certains enfants sont mêmes parfois à la limite de s’auto-exclure du groupe par leurs agissements. Il est nécessaire de travailler à cela pour qu’il puisse s’intégrer. Quand un enfant avec de tels problèmes se présente, il nécessite presque tout le temps l’attention d’un moniteur, ce qui laisse les autres moniteurs au soin du groupe. Cela pose également la question de l’encadrement : « Comment réagir avec ces enfants ? Comment les aider à s’intégrer ? Comment les aider à gérer leurs frustrations ? ».

4. Les responsabilités

Être moniteur de plaine de jeux, c’est également prendre des responsabilités et les assumer. Encadrer une sortie en extérieur n’est pas aussi aisée qu’il n’y parait. Il faut veiller à la sécurité, aux bobos, quoi faire en cas d’accident, gérer le groupe en extérieur (les faire marcher en ville dans une foule c’est risquer d’en perdre un), donner des échéances en termes de timing et de s’y tenir (quel parent accepterait d’attendre 30 minutes que son enfant revienne d’une activité en extérieur car les moniteurs ont mal géré leur timing ?). C’est une vraie confrontation au monde réel, à ses obligations, à ses contraintes.

5. La transmission

C’est probablement l’enjeu le plus fondamental pour une plaine de jeux : transmettre la formation et les apprentissages des anciens aux nouveaux moniteurs. Bien souvent, cela fait défaut à ce niveau-là. Les anciens sont responsables des nouveaux et se doivent de les former. Il est peu aisé quand on a 18 ans, 20 ans et même 24 ans de former des jeunes du même âge. Cela prend du temps. Il faut aller voir le jeune moniteur, fixer des objectifs, donner un cadre, l’épauler, l’aider, lui faire confiance, lui donner des responsabilités, pouvoir déléguer… Bien souvent, on travaille un mois. Ce qui est peu pour former quelqu’un. Cette formation se fait souvent dans l’urgence, parfois dans la précipitation. Par contre, l’apport de cette formation est bénéfique pour les deux moniteurs (celui qui aide à former apprend d’autres compétences en dehors de celles de l’animation tandis que celui qui est formé apprendra plus les compétences spécifiques au monde de l’animation). Cela impactera sur la qualité de travail et l’ambiance avec les enfants. Ces derniers ont parfois tendance (surtout quand ils sont plus jeunes) à transférer le mode de fonctionnement parental sur les moniteurs de la plaine. En une monitrice, ils y verront une petite maman de substitution et en un moniteur un petit papa de substitution. S’il n’y a pas d’entente entre les deux, ce sera très vite perçu et parfois utilisé par ceux-ci pour obtenir ce qu’ils souhaitent.

Pour un enfant, la plaine de jeux permet de susciter et compléter certains apprentissages déjà amorcés et travaillés à l’école. Si l’enfant n’y exerce pas un ensemble de compétences, de savoir-faire et de savoir-être liés à des matières disciplinaires, la plupart des ressources mobilisées sont similaires :

-  Savoir-être : savoir se comporter en société/dans un groupe, être respectueux, être à l’écoute des autres enfants, être en empathie…
-  Savoir-faire : habiletés physiques, capacités de repérer un objet dans l’espace et de positionner son corps en adéquation…

Ce qui sera mobilisé sous la forme de compétences (comprendre les tenants et aboutissants d’un jeu d’équipe afin d’élaborer des stratégies efficaces favorisant la solidarité et l’entre-aide), ce qui lui permettra aussi de favoriser son intégration sociale, le confrontera à des avis différents du sien (et il devra argumenter), l’obligera à réfléchir à des stratégies efficaces, lui offrira la possibilité de réfléchir à ses actions (ainsi qu’à leurs conséquence sur le jeu et sur autrui), lui permettra d’apprendre via le groupe…

Des pistes …

En réalité, la plaine de jeux est d’une complexité ni anodine pour les communes qui les organisent, ni pour les enfants et ni pour les moniteurs. La question est plus de savoir ce qu’on peut mettre en œuvre pour pallier au maximum les difficultés. A cet égard, on pourrait proposer quelques pistes :

-  Proposer un temps formel (une fois semaine) pour un débriefing avec un responsable concernant la gestion du groupe, l’entente des moniteurs, discipline… ;
-  Des rencontres informelles entre le responsable et les jeunes moniteurs (temps de pause, temps de midi, récréation…) ;
-  Mis à disposition d’une bibliothèque de livres, bouquins sur l’animation ;
-  Organiser des réunions entre les groupes après la journée pour préparer les jours suivants ;
-  Partenariat avec des spécialistes du milieu de la jeunesse pour aider et encadrer ;

Il est évident que certaines propositions semblent délicates à mettre en place (voire utopiques) mais l’important reste surtout la volonté de vouloir changer certains dysfonctionnements qui peuvent porter préjudices aux jeunes. La pierre angulaire de la construction pyramidale d’une plaine de jeux est bien souvent la motivation des moniteurs à faire ce boulot-là. Ils sont rarement étrangers au monde de l’éducation. Apporter des modifications en ce sens, pour maintenir voire propager cette motivation, permettra au moins d’assurer la continuité de tels projets et de continuer à investir dans cette jeunesse, quel que soit son âge.

Donovan Moury