Accueil du site - Professionnels - Secteur AAJ - Mise en autonomie de jeune mineur : alignement de l’allocation sur le RIS

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C’était une mesure qui figurait depuis longtemps en bonne place parmi les demandes du secteur : aligner l’allocation perçue par les mineurs mis en autonomie sur le montant du Revenu d’Intégration Sociale. Soit, passer de 720 à 817,36 euros par mois au taux isolé. C’est fait.

Pour rappel, nous avions déjà écrit un article sur le sujet "Interpellation : les jeunes mineurs mis en autonomie" avec en soutien l’avis 107 du CAAJ et une lettre du CAAJ de Mons qui demandait l’alignement du montant de l’allocation Aide à la Jeunesse sur celui du RIS. Nous pointions comme d’autres notre incompréhension de cette différence, obligeant les mineurs à devoir vivre avec un revenu en dessous du minimum conforme à la dignité humaine... sauf au seul motif de l’âge. Des concertations ont eu lieu, mais le montant à engager faisait obstacle. Il est aujourd’hui levé.

La mesure entrera en vigueur au deuxième semestre de 2015. Voilà ce qu’a déclaré en substance monsieur le Ministre de l’Aide à la Jeunesse Rachid Madrane en commission du parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles pour répondre à une question de GL Bouchez MR (rapport de la session du 27 janvier 2015). "Inattendu", nous déclare Monsieur Degand directeur du service « Les Bourgeons » qui s’occupe entre autre de jeunes qui sont mis en autonomie. "Cela fait 100 euros de différence à un chouïa près". Si l’on considère qu’il y a, à peu près, 350 jeunes bénéficiant de cette mesure, on comprendra aisément que le Ministre nous annonce une somme de 300 000 euros par an qui sera consacrée à cette décision. Mais à quoi servira de façon prioritaire cette somme pour un jeune ? Monsieur Degand précise que le loyer et les charges absorbent souvent une grande partie de l’allocation. Il s’agit d’un lieu de vie, ce n’est pas un kot pour étudiant où l’on passe sa semaine avant de rentrer le week-end se ressourcer chez ses parents dans un lieu plus spacieux et accueillant. C’est là un point important, à savoir que la majorité de ces jeunes proviennent de familles compliquées et par conséquent ils ne peuvent s’appuyer sur elles pour réussir leur envol. Ce logement contribue donc grandement à la réussite de ce projet d’autonomie. La conséquence est que cela ne laisse que 60 à 65 euros par semaine pour tout le reste… se nourrir, se vêtir, laver son linge, les loisirs pour ne citer que quelques-uns des postes préoccupant un jeune. "Ce n’est pas facile tous les jours" insiste Monsieur Degand. "Se nourrir par exemple coûte toujours et entre en concurrence avec d’autres besoins qu’il est parfois difficile de se refuser comme fumer, se payer des minutes Gsm... le travail éducatif sur une alimentation saine devient assez « aléatoire » pour ne pas dire vain, tant les possibilités avec des montants de ce niveau, sont pratiquement inexistantes. En toute logique c’est la mal bouffe qui s’impose par l’attractivité de son prix. Parfois, la situation est si problématique que l’éducateur procure au jeune un colis alimentaire. Que dire alors des loisirs comme le sport participant à l’équilibre d’une personne... tout simplement absent et cela touche à la vie sociale et son développement. Dans un tel contexte nous indique-t-il "ils sont tentés par les conneries et cela s’est vu plus d’une fois". Au fond, cette précarité extrême compromet l’objectif même de la mesure. L’augmentation représente donc 20 à 25 euros de plus par semaine soit, plus de 30%… l’eldorado à ce niveau avec pour corollaire des nouveaux choix possibles entre les différents besoins que rencontre un jeune mis en autonomie. Le travail éducatif accompli avec eux va pouvoir explorer de nouvelles pistes d’intégration sociale. Benoît Moury