Accueil du site - Jeunes - La grossesse précoce chez les jeunes filles

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Mettre au monde un enfant fait partie de la vie d’une femme mais lorsque la grossesse concerne une jeune adolescente, les réactions se font plus vives... Autour de nous, la grossesse chez les très jeunes filles est de plus en plus mise en lumière. Ainsi la série télévisée « Clem » a connu un grand succès auprès des téléspectateurs et les films comme « Juno » ou « Le pacte de grossesse » ont marqué les esprits. Plus récemment, divers documentaires tels que « 16 ans et enceinte » ont plongé, eux aussi, au cœur de la vie quotidienne de ces jeunes filles. Combien sont-elles exactement ? Quels sont les facteurs qui favorisent une grossesse précoce ? Quels sont les risques encourus par les futures mères ? Existe-t-il des moyens préventifs pour contrer ces grossesses non désirées ? Quel est le rôle du père dans ce cas-là ? Qu’en est-il des I.V.G. ? Ces diverses questions seront abordées dans cet article qui portera exclusivement sur les grossesses précoces des jeunes filles au sein des pays industrialisés.

Quelques chiffres…

Selon le rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé, chaque année, près de 2 millions de jeunes filles âgées de moins de 15 ans tombent enceintes dans le monde. De 15 à 19 ans, elles sont 16 millions. D’une manière générale, le nombre de grossesse est plus faible dans les pays industrialisés, avec en moyenne une jeune fille sur cinq. En Europe, le Royaume-Uni est le pays qui connaît le plus haut taux de mères adolescentes. Que dire des jeunes filles en Belgique ? Chaque année, 7000 d’entre elles se retrouvent enceintes. Elles sont plus nombreuses en Wallonie (surtout dans le Hainaut) qu’en Flandre. Toutefois, le nombre de grossesse est en diminution ces dernières années.

Quels sont les facteurs psychologiques, socio-économiques et comportementaux favorisant les grossesses adolescentes ?

Les facteurs psychologiques et socio-économiques

Un grand nombre de ces grossesses surviennent dans un climat de rupture ou de violence : il s’agit alors d’une adolescente isolée, en conflit avec ses parents, parfois rejetée par sa famille, en échec scolaire. Des fugues ou une tentative de suicide ont pu précéder la grossesse, de même qu’une attitude toxicomaniaque (alcool, tabac, haschich). Le niveau socioculturel est généralement faible et le milieu dysfonctionnel. L’adolescente a parfois subi des sévices ou des abus sexuels à un moment de sa vie. Elle souffre souvent d’un manque d’affection et d’estime d’elle-même et les relations sexuelles lui permettent alors d’établir une relation de tendresse. La grossesse peut même lui procurer une certaine valorisation sociale. Il est observé que, dans de nombreux cas, elle est elle-même fille de mère adolescente. Il faut ajouter que certaines grossesses font suite à des rapports sexuels qui ont eu lieu sous l’influence de l’alcool et de la drogue. Mais il ne faut pas perdre de vue que certaines adolescentes sont enceintes suite à un viol et à diverses contraintes sexuelles et ne voulaient en aucun cas avoir un enfant. Néanmoins, le niveau d’étude protège des grossesses précoces. Les filles poursuivant de longues études tombent moins souvent enceintes que les autres.

Les facteurs comportementaux

Le comportement contraceptif est incorrect et se présente de diverses façons :

- Le moyen de contraception est inadéquat (la méthode des températures…).

- Il est mal utilisé (la date de péremption du préservatif est dépassée…).

- Il est utilisé de manière irrégulière (l’oubli de la pilule…).

Dans certains cas, aucune méthode contraceptive n’est utilisée, cela peut dépendre de plusieurs facteurs, par exemple, l’incapacité de prévoir la relation sexuelle (pas de préservatif sur soi), le manque de confiance en soi qui favorise le consentement à une relation sexuelle non protégée, des relations sexuelles précoces et des difficultés à mesurer les risques pris, le prix des moyens contraceptifs et la difficulté d’y accéder…

Comment prévenir les grossesses à l’adolescence ?

Il faut souligner que la Belgique a mis en place une série de mesures destinées à contrer ces difficultés :

- les plannings familiaux et les centres P.M.S. accueillent les jeunes anonymement, les informent, suppriment les idées reçues (pas de risque de grossesse lors du premier rapport) et les rassurent, prescrivent des moyens de contraception et en fournissent gratuitement (préservatifs) et démocratisent l’accès à l’information.

- la démocratisation des moyens de contraception : la pilule est gratuite pour les jeunes filles de moins de 21ans.

- des cours d’éducation sexuelle (par le biais des cours de sciences) permettent d’informer les jeunes dès leur plus jeune âge dans les écoles.

- des services d’aide aux jeunes et aux familles tels que « l’ AMO Transit » fournissent une aide préventive et précieuse aux jeunes.

D’autres moyens sont préconisés, comme le report de l’âge de la première relation sexuelle, la suppression du tabou de la sexualité des adolescents. Mais aussi la création de cliniques pour les jeunes offrant une information confidentielle et l’accès gratuit à l’avortement, sans l’autorisation préalable des parents, comme en Suède où le taux de grossesses adolescentes a diminué de 80 %.

Quels sont les risques encourus lors d’une grossesse à l’adolescence ?

Les accouchements prématurés et difficiles sont plus fréquents chez les adolescentes. La mortalité périnatale est d’autant plus élevée que la mère est plus jeune, surtout si elle a moins de 15 ans ou a un âge gynécologique inférieur à deux (l’âge chronologique moins l’âge des premières règles). Le risque de mortalité néonatale est plus élevé lorsque la mère a moins de 15-16 ans. Un plus grand nombre de ces enfants mis au monde sont délaissés, sont victimes de sévices ou présentent des troubles du comportement (instabilité, agressivité). La mère se retrouve souvent en décrochage scolaire et isolée socialement. Elle connaît alors le chômage et la pauvreté. Mais cela ne concerne pas toute les mères, certaines vivent très bien leur grossesse et leur accouchement. Comme nous le prouve Manon , une jeune mère adolescente : « Même si j’ai accouché 15 jours avant la date prévue, ma grossesse s’est très bien passée, mon enfant se portait très bien, je n’ai vraiment eu aucun problème. »

La grossesse chez les jeunes mène-t-elle obligatoirement à un avortement ?

Très rapidement une question se pose : « Vais-je mener à terme ma grossesse ou vais-je avorter ? » Dans de nombreux cas, la grossesse se termine rapidement par un avortement, surtout si l’enfant n’était pas souhaité. Mais décider de garder l’enfant ou d’avorter doit rester un choix personnel. Par an, environ 3 millions de jeunes filles entre 15 et 19 ans subissent une interruption volontaire de grossesse (IVG). Ce taux diminue dans les pays où une contraception efficace est facilement accessible et où une éducation sexuelle est donnée à l’école.

Comment les jeunes filles vivent-elles leur grossesse ?

Certaines jeunes filles décident de garder l’enfant mais elles se disent souvent victimes de stigmatisation, elles se sentent parfois incomprises, rejetées par leurs parents ou leurs amis. Leur scolarité est dans de nombreux cas perturbée. La grossesse constitue un changement brutal dans leur vie et un passage obligé vers l’âge adulte, ce qui entraîne des responsabilités qu’elles devront assumer, parfois seules.

Malgré cela, de nombreuse jeunes filles sont heureuses de donner la vie et prennent leur grossesse très à cœur, sont aidées et soutenues. Comme nous le confirme Manon, une jeune mère adolescente : « Ma famille a bien réagi et mes amis étaient très contents pour moi ! » Bon nombre d’entre elles se disent épanouies dans leur rôle de jeune mère. Manon est de cet avis : « Je suis heureuse et je ne regrette rien ! »

Et le rôle du père dans tout cela ?

Le plus souvent, l’adolescent s’investit peu dans son rôle de père qui lui semble difficile. Il quitte la plupart du temps la mère de l’enfant pendant la grossesse ou au cours des deux années qui suivent la naissance. Comme nous le confie Manon : « Mon copain n’est pas très présent, c’est dommage. » Toutefois certaines adolescentes ne souhaitent pas la présence du père et veulent leur enfant pour elle seule. Dans certains cas, le garçon doit faire face à l’hostilité de la famille de la jeune fille. Cependant certains adolescents prennent leurs responsabilités et s’occupent de l’enfant.

Pour conclure, les grossesses chez les jeunes touchent tous les pays du monde, avec, malgré tout, un taux moins élevé dans les pays industrialisés. Elles peuvent découler de divers facteurs comme la pauvreté et le manque d’information. Néanmoins, il existe différents moyens qui peuvent permettre d’éviter une grossesse précoce, comme l’accès à l’information au niveau de la sexualité pour l’ensemble des jeunes, la démocratisation des moyens de contraceptions rendus plus facilement accessibles, le rejet du tabou de la sexualité des adolescents, le développement de l’estime de soi…Rappelons que les plannings familiaux, les services d’aide à la jeunesse et les centres P.M.S, par leur facilité d’accès, leur gratuité, le respect de l’anonymat et leur contact permanent avec les jeunes ont un rôle important à jouer. La grossesse n’est pas une maladie, les jeunes mères ont besoin d’être entourées, pas stigmatisées !

Laura Regaglia Bibliographie :

Ouvrage : ROUYER (D.), « Le dico des filles », Paris, 2002, Editions France Loisirs, p.183-185

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