Accueil du site - Parents - L’humour entre parents et enfants

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Il est important de rire entre parents et enfants, c’est fondamental. L’un des bénéfices est de créer de la complicité. Mais attention, l’humour peut également se révéler dangereux, et il est important de ne pas franchir la frontière de la moquerie et donc de l’agression. On peut résumer cette idée par une citation de P.G. Wodehouse, humoriste britannique : « L’engouement pour la chasse dépend essentiellement du fait que vous soyez devant ou derrière le fusil ».

Il y a quelques années, Patrick Timsit avait blagué à propos des handicapés, et plus particulièrement les trisomiques. Malheureusement pour lui, il a dû s’excuser publiquement car il avait choqué des parents d’enfant atteint de cette maladie. De manière générale, où sont donc les limites de l’humour ?

Quelques préalables…

Le même humoriste, dans son sketch « Ils sont partout », explique qu’un juif peut vanner un autre juif, un arabe un autre arabe… Bref, il faut donc avoir une certaine légitimité pour pratiquer l’humour. Selon lui, c’est la grande règle.

Pour autre exemple, prenons une citation de Enoch Powell, homme politique anglais : « La vie d’un homme se divise en trois grandes périodes : la jeunesse, l’âge mûr et Tu n’as pas l’air en forme mon vieux ! ». Elle peut être perçue différemment. Si un jeune la prononce, elle pourra passer pour une attaque, alors que si c’est une personne plus âgée, cela provoquera au moins des sourires, par son esprit décalé sur la vie à un âge avancé.

Voilà pourquoi tout énoncé humoristique devrait contenir au moins un message expliquant qu’il s’agit bien d’humour à prendre comme tel, sans quoi les complications pourraient commencer.

En plus de légitimité, l’exercice de l’humour requiert de la complicité entre l’émetteur et le récepteur.

Ainsi si vous êtes dans une assemblée composée d’hommes, ce genre de phrase de Max Chiefly peut y trouver sa place : « J’ai toujours mis ma femme sur un piédestal. C’est plus facile pour peindre les plafonds ». Mais on peut clairement douter de son impact dans une assemblée féminine, dans laquelle on préférera : « Et Dieu créa l’homme. Puis il considéra son œuvre et se dit qu’il pouvait faire mieux », du Dr Joyce Brothers.

Si des préalables sont donc utiles, l’utilisation de l’humour avec nos enfants et nos adolescents est encore plus particulière.

Voici quelques exemples concrets, exposés par Jean Van Hemelrijck, psychologue et thérapeute familial. L’humour fait partie intégrante de sa vie et du regard qu’il porte sur le monde, et depuis 30 ans il le distille et l’analyse dans ses thérapies.

Une grotte qui s’appelle Jambon

Les jeunes enfants découvrent le monde, s’interrogent, et du coup posent beaucoup de questions. Parfois, les parents y répondent avec humour, et il faut le dire une grande dose d’imagination : les jambons sont extraits d’une grotte qui s’appelle Jambon, les nuages sont faits en laine de mouton… Mais un jour, en racontant fièrement ce qu’il a appris, l’enfant pourrait se retrouver bien déçu face aux moqueries de ses amis qui le trouvent ridicule. A ce moment, il risque d’en vouloir à ses parents qui, dans l’histoire, ont été les premiers à se moquer de lui.

Il faut savoir que l’enfant découvre le monde à travers les yeux, les mots des adultes qui l’entourent, et en premier lieu ses parents. Inquiet face aux nouveautés, à ce qu’il ne comprend pas, l’enfant doit être consolidé dans sa perception du monde. Voilà pourquoi il s’attache à la perception d’un adulte... auquel il doit pouvoir faire confiance.

Notons que les enfants vont aussi produire de l’humour envers leurs parents. Pour eux, l’humour est un espace de jeu : « T’es pas beau ! Mais non, c’est pour rire ». Et cela, un adulte a la capacité de le comprendre.

Et s’il est parfois délicat de faire de l’humour avec un enfant, cela peut être pire avec un adolescent.

Grosse Dondon !

Une mère pimpante qui surnomme sa fille rondelette, « Bibendum » ou « Grosse Dondon », une autre qui dit à son fils coiffé d’une crête « Toi, avec ton air de coq, tu vas attraper la grippe aviaire », un père qui rit du nez crochu de sa fille en la comparant à une sorcière… Dans ces exemples, les parents utilisent l’humour pour dire à leur enfant ce qu’ils pensent de lui. Mais dans ces cas, l’humour n’est ni partagé ni égalitaire. Tandis qu’une personne est amusée, l’autre est diminuée.

Or, à l’adolescence, le jeune à la trouille face à ce qui lui arrive, face à ce corps qui change et qui est en concurrence avec d’autres. Et cette situation d’angoisse, de manque de confiance, l’empêche d’accepter l’humour. L’ado a besoin du regard posé sur lui, pour savoir ce qu’il doit penser de lui-même. Il est donc important de ne pas rire de lui, sous peine de détruire son processus psychique. Il faut tout d’abord essayer de rentrer dans son monde, pour faire alliance avec celui-ci, le consolider. Seulement après, on pourra envisager d’en rire.

En résumé, comme le dit l’adage « on peut rire, mais pas se moquer ».

Interview de Jean Van Hemelrijck réalisée lors du colloque « Se conjuguer au singulier en familles plurielles », organisé par l’Accueil Familial et l’Accueil Familial d’Urgence, le 21 mars 2013 à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve.

Pour plus d’infos sur ce colloque, cliquez ici.

Par Alicia Alongi, en collaboration avec Benoît Moury, directeur de l’AMO Transit.

Caméra : Michaël Chainis, du personnel psycho-social de l’AMO Transit.

Montage vidéo : Benoît Moury.