Accueil du site - Problématiques - L’éducation à l’image, pour alimenter la réflexion sur le rapport des jeunes à l’image et à la société

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Dans la suite de notre dernier article : « Pistes de réflexions pour une utilisation d’internet en AMO », une occasion nous est donnée grâce au festival international du cinéma d’auteur adolescent (FICAA) qui s’est déroulé à Charleroi en février 2014. Parmi les nombreuses activités (ateliers, master class, débats...), cette manifestation se veut aussi être un espace de réflexion entre différents secteurs de l’adolescence. Il s’agissait donc de permettre la réflexion de professionnels de l’adolescence sur le rapport des jeunes à l’image et à la société.

Le film « Afterschool » met en scène un jeune dans un pensionnat huppé aux Etats-Unis et qui passe son temps à surfer sur internet. Il regarde essentiellement des images violentes ou pornographiques. En participant à un atelier vidéo, il va filmer par hasard la mort violente de deux étudiantes. Ce film tragique et inquiétant va servir de point de départ à une discussion rassemblant un panel d’experts (spécialiste de l’éducation aux médias, psychologue, psychanalyste, metteur en scène, psychothérapeute).

Un des premiers constats porte sur une réalité : les jeunes baignent dans un monde d’images, quelles conséquences cela peut il avoir sur l’apprentissage et sur la construction d’un jeune. A une période de la vie d’un jeune, les processus d’adaptation sont essentiels, le risque est alors d’imiter ce que l’on perçoit plutôt que d’avoir une démarche plus active et c’est peut-être là un des dangers de certaines influences médiatiques. De plus, pour des jeunes isolés et en difficulté pour « faire du lien », il est plus difficile pour eux de mettre une distance entre les images et la réalité. Pour les jeunes très fragiles, cela peut avoir des impacts importants.

Peu d’études existent sur l’impact de la pornographie sur les comportements sexuels des jeunes. Un des intervenants soulignait d’ailleurs être plus interpellé sur les modèles de « performance » transmis par ces films et sur l’image de soi des jeunes par rapport à ces modèles de performance : « on met l’écran entre le monde et soi et on risque de perdre le sens de la réalité ». Dans le même ordre d’idées, des questions peuvent se poser sur l’image de la femme et sur les évolutions sociétales qui peuvent en découler. Pourtant, même s’il ne faut pas confondre l’image et la réalité, de nombreux jeunes l’ont bien compris, certains s’en amusent, certains en profitent pour être créatifs. De plus, dans les moments où il y a une décision à prendre et que le jeune est dans une situation inconnue, le risque existe qu’il fasse appel à certaines représentations véhiculées par les médias. Une des questions centrale est donc de savoir comment développer une analyse critique pour que le jeune puisse se situer en tant que personne.

Une autre réflexion liée à ce pouvoir de l’image est aussi de voir comment des adolescents peuvent développer leur imaginaire alors que ce qui défile sur les écrans fait croire à du réel : « la téléréalité dit que c’est bien quand c’est vrai avec un culte du vrai qui est manipulé ». Indirectement, la réflexion sur l’image pose aussi la question de la place des parents et de celle prise par divers médias. Parfois, la place vide et qui n’est pas occupée par l’adulte permet que des réponses soient trouvées sur les images du net. Des réponses mais aussi certaines valeurs et certains modèles véhiculées par les médias.

Un des participants rappelait que l’image devient un mode de communication en soi « on pense en image ». L’objectif de nombreux médias (du web ou d’autres médias) est de faire de l’audience, avec tous les risques connus de déformation due aux différentes « mises en scène ». Pour un participant, on pourrait oser un parallélisme en disant que ce qui est intéressant pour les jeunes sur Facebook, c’est davantage le nombre de « j’aime » que le contenu des messages postés. C’est donc pour beaucoup exister dans le regard des autres mais aussi se montrer à beaucoup d’autres. On le voit, beaucoup de questions davantage que de réponses. Il est cependant évident que ce déferlement d’images, cette culture du scoop, ces différentes mises en scène des images, le risque de croire que c’est vrai parce que c’est sur le web ou à la Tv ne font que renforcer l’importance d’une éducation aux médias et à l’image. Ce développement de l’esprit critique doit exister dès le plus jeune âge et pourrait permettre de limiter certaines dérives.

Pour toutes lectures utiles, les participants de ce panel ont produits des réflexions, des textes, des livres, des films sur ce thème, ils sont répertoriés …sur internet. Il s’agit de M.Stora (cinéaste, psychologue et psychanalyste), A.Drouet (metteur en scène de la pièce « Happy slapping), P.Minotte (psychologue spécialiste dans l’étude des nouvelles technologies), I.Colin (directrice du Centre audiovisuel de Liège).

Pour M.Stora : http://www.20minutes.fr/vousintervi...

Pour P.Minotte :http://www.yapaka.be/auteur/pascal-...

Pour a.Drouet : http://www.netevents.be/fr/theatre/...

Pour I.Colin http://www.cavliege.be/contact

Article écrit par Dominique Leborgne.