Accueil du site - Professionnels - Secteur AAJ - L’écoutille, un projet de soins psychiatriques à domicile pour enfants de 0 à 6 ans à Mons et dans le Borinage.

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« Quand je suis arrivée dans la région de Mons, j’étais surprise dans mes consultations pédopsychiatriques, de rencontrer des enfants de plus de 6 ans avec de gros problèmes qu’il aurait été possible de traiter bien plus tôt ».

C’est au départ de ce constat évoqué par la pédopsychiatre I. Schonne qu’est né le projet de l’écoutille au début des années 2000. A cette époque, des enfants avec des déficiences mentales passées inaperçues, des troubles importants du développement étaient reçus en consultation au moment du passage dans l’enseignement primaire. Des parents ou des enseignants se rendaient compte que « quelque chose » n’allait pas. C’était aussi, pour beaucoup de ces enfants, le premier contact avec des professionnels de la santé mentale.

Un autre constat allait de pair, peu de ces familles arrivaient à maintenir un suivi régulier et dans la durée avec les services, et cela pour des raisons sociales ou économiques mais aussi parce que certains de ces parents avaient eux-mêmes des problèmes de santé mentale. L’idée alors d’aller au domicile de ces familles afin de créer un lien solide permettant d’aider ces jeunes patients et leurs familles dans la continuité s’est ainsi presqu’imposée. C’est en 2003 et suite à un appel à projet fédéral sur l’outreaching qu’est né le projet pilote de l’Ecoutille. On pourrait définir l’approche outreaching comme « visant à dispenser les soins dans le milieu de vie naturel des personnes (par exemple le domicile) plutôt qu’à l’hôpital ou en consultation dans un service. On pourrait aussi parler de travail de proximité ou même traduire littéralement « outreach work » par « travail au dehors pour atteindre ». C’est donc à partir de démarche « d’aller vers » que les intervenants de l’écoutille ont développé leur travail avec comme public cible les enfants de 0 à 6 ans présentant des diagnostics divers : troubles du développement, trouble de l’attachement, troubles anxieux, troubles relationnels parents/enfants. Il est aussi question de leurs familles « qui vivent une rupture ou une discontinuité dans les relations affectives, la vie sociale et professionnelle ». Mais aussi, l’écoutille « permet à des enfants en grande souffrance psychique d’être suivis bien que leurs parents présentent eux-mêmes des difficultés psychologiques et/ou sociales ».

Quelques exemples parmi les nombreuses situations prises en charge par l’équipe. Madame M. habite dans une cité de la région, bénéficie de peu de revenus, sa santé est fragile et elle éprouve beaucoup de difficultés pour se déplacer. Elle a consulté plusieurs hôpitaux de la région au sujet de son petit garçon qui est « agité » et qui n’obéit pas. Elle vit seule avec trois enfants, le père étant quasiment absent. C’est donc orientée par l’hôpital que madame arrive à L’Ecoutille et qu’un suivi lui est proposé. Outre une proposition d’évaluation pour le petit garçon (agité et gros retard au niveau du langage), l’équipe se rend à domicile et élabore un travail autour de la relation mère-enfant et sur la place de ce petit garçon au sein de la fratrie. Le rythme des visites peut être hebdomadaire et la pédopsychiatre participe à ces visites, ce qui est important pour mieux connaître la situation et donner un avis médical avec éventuellement une médication adaptée.

J, 2 ans et 4 mois est adressé à L’écoutille par le service psychiatrique d’un hôpital général dans lequel sa maman à fait plusieurs séjours pour troubles psychotiques avec le décès par suicide du papa de J. L’équipe du service hospitalier est alertée par la pathologie de madame parfois délirante et se demande comment elle pourra s’occuper de son enfant alors que la relation entre la mère et l’enfant semble très fusionnelle. Une AMO est déjà en place pour accompagner Madame dans différentes démarches et L’Ecoutille va s’occuper spécifiquement d’accompagner Madame dans sa relation avec J. Le travail en réseau est aussi un axe central dans la pratique de l’écoutille. Qu’il s’agisse d’être (re)connu par les différentes institutions comme un service ayant les capacités de prendre en charge des enfants avec des symptômes psychiatriques et dont les parents sont eux-mêmes en difficultés ou de travailler à partir du réseau de la famille et de l’enfant.

Au fil des années et des enfants pris en charge, des questions se posent aussi sur le travail au domicile des patients et de la co-intervention, bref sur la question du cadre et du fait aussi de venir dans l’intimité des familles. Avec toujours la volonté de négocier et de construire avec les familles ce cadre qui rend alors possible un travail de proximité et une orientation ou un relais pour les enfants et leurs familles.

Quelques chiffres du dernier rapport d’activités peuvent aussi aider à comprendre le travail de L’écoutille : 76 dossiers pris en charge entre novembre 2011 et novembre 2012 ; 29% des enfants ont été adressés avant la première scolarisation, 35% à l’âge de l’école maternelle et 33% ont l’âge pour l’école primaire. Pour les diagnostics, 42% ont des troubles psychiatriques graves et 33% ont des troubles relationnels parents-enfants. Ces quelques données permettent aussi d’imaginer les difficultés qui peuvent exister dans ce type de prise en charge pour des familles qui cumulent les problèmes complexes. Ces quelques lignes ne peuvent pas décrire de manière exhaustive le travail de l’écoutille avec aussi ses limites (9h30 de pédopsychiatre et 2 temps pleins répartis entre psychologues, infirmière psychiatrique et pédiatrique), avec l’importance de développer et de maintenir le contact avec les envoyeurs du secteur de la santé mentale, de l’aide à la jeunesse, de l’ONE, des écoles, des hôpitaux…afin de pouvoir réellement travailler dans la transversalité. On pourrait aussi regretter qu’il ne soit pas possible de multiplier ces équipes qui travaillent, avec l’accord des familles, à une véritable prévention pour des personnes vivant des situations tellement lourdes. Alors qu’on parle de plus en plus de travail intersectoriel et depuis 10 ans que ce projet pilote (et d’autres dans d’autres provinces) existe, les données sont connues, les rapports d’activités parviennent aux autorités compétentes, les réalités de ces enfants ne sont donc pas ignorées.

Pour toute information complémentaire : L’Ecoutille : 5, avenue B. de Constantinople 7000 MONS 0473/927275 - 065/386005 L’équipe : Dr I. Schonne, pédo-psychiatre M. Nisolle, infirmière pédiatrique S. Waldner, infirmière sociale A. Giorgi, R. Notarnicola, psychologues

Par Dominique Leborgne