Accueil du site - Professionnels - Secteur AAJ - Grossesse précoce et facteur prédisposant

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Les grossesses précoces bénéficient d’un regard plutôt négatif dans la société car elles sont souvent associées à la pauvreté, le dénuement et autres difficultés sociales. Cela touche donc à nos peurs, à nos préoccupations dans un monde si difficile à vivre, à propos, justement d’un petit être qui représente la fragilité. On pense que ce n’est ni bon pour la jeune mère ni bon pour l’enfant car leur avenir respectif est jugé compromis.

Voilà pourquoi les familles accueillent la nouvelle avec circonspection (c’est un doux euphémisme…), pour ne pas dire catastrophisme au pire et au mieux par un sérieux questionnement. C’est sans doute là qu’il faut trouver le fondement de la recherche sur les facteurs favorisant ou pas l’apparition du problème.Richard Wilkinson et Kate Pickett, tous les deux professeurs d’épidémiologie, l’on fait à propos de plusieurs problèmes sociaux dont celui qui nous intéresse. Ils ont donc testé l’hypothèse d’un lien entre les grossesses précoces et les inégalités sociales.

Tableau [1]

Nos deux auteurs concluent en page 189 "que les taux de maternité précoce de divers pays fournis par l’Unicef sont liés à l’inégalité des revenus" et un peu plus loin ils notent "cette tendance est beaucoup trop forte pour qu’on puisse l’attribuer à de la chance". Les Etats Unis, champion de l’inégalité, ont un score de plus de cinquante sur l’échelle du tableau c’est par conséquent dix fois plus qu’au Japon (aux alentour de 5) et quatre fois la moyenne de l’union européenne. Signalons que le Royaume-Unis à 26 [2] se situe aussi à une place élevée par rapport aux autres pays européens. Si la Belgique avec un taux de 11 [3] se défend bien par rapport à d’autres pays sur notre graphique, nous avons voulu prolonger la réflexion en allant consulter d’autres sources pour obtenir des chiffres concernant les sous parties de son territoire qui nous concernent au plus près : la Wallonie et le Hainaut. Tableau [4] : Les chiffres confirment la tendance et c’est ce que constate Sandra Durieux dans son article [5] : "En Hainaut, ce sont les communes de Quiévrain, Charleroi, Courcelles, Manage, Frameries, Quaregnon, Colfontaine, La Louvière, Anderlues, Chimay, Sivry et Antoing que l’on dénombre le plus de grossesses précoces, soit des communes moins favorisées socio-économiquement". Evidement les grossesses précoces ne touchent pas que les classes sociales les plus pauvres. Tableau [6] :

Le problème des grossesses précoces traverse donc toutes les couches de la société mais en affectant différemment les classes sociales et cela de manière importante puisqu’on note un rapport de 1 pour le quart le plus riche pour 4 au plus pauvre. Souvent on cite une différence de stratégie devant les difficultés de la vie : filière courte ou longue. Les classes sociales aisées ont des enfants qui font l’expérience de vivre dans des familles où l’on est protégé, entouré et soutenu. De ce fait on prend son temps pour se développer et cela se traduit entre autre dans l’investissement de l’instruction souvent longue. Au contraire dans les couches de la population défavorisée, on fait très tôt l’expérience de la dureté de la vie au travers de ces conditions : stress, manque de confiance, difficultés diverses, précarité...Ces enfants s’engagent donc rapidement dans des filières courtes et par conséquent aussi dans la procréation. Cette manière d’agir se retrouve dans d’autres domaines comme celui des jeunes de 16 ans reconnaissant avoir eu des rapports sexuels. Selon la filière d’étude, on constate une différence significative selon l’étude de l’observatoire de la santé [7] . Pour ceux engagés en qualification c’est un taux de 50% alors qu’il n’est que de 21% en transition. Différence aussi constatée lors de l’utilisation de la contraception [8]. Mais ce n’est pas le seul facteur puisqu’on retrouve le genre, l’âge, l’âge du premier rapport sexuel et le niveau d’aisance matérielle de la famille... Il y a donc bien plusieurs facteurs qui influent. Richard Wilkinson et Kate Pickett en page 193 [9] nous indiquent "les sociétés inégalitaires affectent en particulier les grossesses précoces". Ce constat est interpellant surtout dans une situation de société en crise économique ayant une résonnance sociale importante et visible dans des mouvements de protestation dans plusieurs pays d’Europe. L’enjeu tourne toujours autour des protections sociales, les inégalités et la répartition des richesses produites... optimisation fiscale, impôt sur les multinationale, écart salarial dans les entreprises entre salarié, cadre et CEO...et ces choix affecteront pauvres comme...riches. Ainsi en matière de mortalité le taux de la classe la plus défavorisée en Suède, pays égalitaire, est inférieur à celui d’Angleterre et Pays de Galle réunis pour la classe la plus riche ! Choisissez bien votre pays... Article écrit par Benoît Moury

notes:

[1] p 189 "Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous" Richard Wilkinson et Kate Pickett 2013

[2] "La santé des élèves de l’enseignement secondaire" résultat de l’enquête HBC 2010 en Fédération Wallonie Bruxelles

[3] "La santé des élèves de l’enseignement secondaire" résultat de l’enquête HBC 2010 en Fédération Wallonie Bruxelles

[4] Source du SPF Economie

[5] "Le Soir" du jeudi 2 avril 2015 article intitulé "Davantage de mères adolescentes qu’ailleurs en Belgique" par Sandra Durieux

[6] p 188 "Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous" Richard Wilkinson et Kate Pickett 2013

[7] "Regard sur la santé des jeunes : la sexualité des jeunes en Hainaut", Observatoire de la santé, province du Hainaut, 2014, C Massot

[8] "Regard sur la santé des jeunes : la sexualité des jeunes en Hainaut", Observatoire de la santé, province du Hainaut, 2014, C Massot

[9] p 189 "Pourquoi l’égalité est meilleure pour tous" Richard Wilkinson et Kate Pickett 2013