Accueil du site - Que fait-on ? - Travail social communautaire - Travail de quartier - GO ! L’utilité du sport en AMO.

Recherche

Depuis plus de dix ans, des associations ou personnes privées, rassemblées en groupement ou non, nous contactent via des organismes ou des autorités publiques pour mettre en place une activité sportive. Citons à titre d’exemple ; le parapente, le BMX, le roller sur une rampe, les parcours urbains ou encore la spéléologie, … Leur idée tient souvent en deux objectifs :

1/ Echanger avec d’autres publics quant aux bienfaits de la pratique du sport.

2/ Diffuser, amplifier le nombre de pratiquants de leur discipline afin d’être davantage reconnu.

Lors de nos rencontres, une évidence non discutée s’impose : la pratique d’une activité sportive, va amener un bien-être évident pour les personnes qui s’y adonnent. Celle-ci s’impose d’autant plus que nous avons, quasi, de manière permanente, des exemples pour fonder cette conviction. Conviction pratique dirions nous.

Questionnement :

Qu’en est-il réellement ? Pour les professionnels, il y a un manque de preuve quant à l’impact de ces actions. En poussant un peu, c’est tout juste si on ne reçoit pas la critique de faire du sport pour notre propre profit, à nous, accompagnateurs, plutôt que pour les personnes bénéficiaires. C’est certainement ces doutes ou questionnements qui ont contribué à modifier l’arrêté du milieu ouvert dans ses articles consacrés au travail collectif bien que celui-ci ne touche pas que la pratique du sport mais aussi d’autres modalités de travail.

Le sport, de manière générale, se décompose en quatre domaines :
-  la technique
-  la tactique
-  le physique
-  le mental

Nous allons voir comment chacun de ces domaines agissent ou pas sur le jeune pratiquant et ce qu’ils mettent en jeu.

Le physique :

Bien des articles ou livres, donnent des indications sur comment s’y prendre pour avoir tel effet physique sur le corps mais il n’y a jamais eu de manuel indiquant la dose d’entrainement physique à donner pour acquérir des modifications sur un plan plus complet de la personne. Pourtant, l’utilisation de la pratique sportive pour soigner est recommandée depuis 1944 (par Guttmann, et plus tard en 1965 par Sivadon et Gantheret). Elle tend aujourd’hui vers un large consensus pour ses bienfaits auprès d’une population de plus en plus sédentaire, stressée par la vie moderne, en situation de troubles psychiques ou de réinsertion. C’est au niveau du stress, de l’anxiété que certains travaux sont éclairants.

Spielberger (1966) distingue deux sortes d’anxiétés :

• L’anxiété d’état : est « une condition émotive temporaire, en constante évolution, dans laquelle, on ressent subjectivement et consciemment une appréhension et une tension, associée à une réduction du système nerveux autonome »,

• L’anxiété de trait : est « une disposition comportementale à percevoir une menace dans des situations objectivement sécuritaires et à y réagir par une anxiété disproportionnée ».

Il apparaît clairement qu’à ce stade des connaissances, l’anxiété de trait ne subit pas de modification. Elle peut même s’aggraver si la quantité d’effort et son intensité sont trop importantes pour des personnes présentant des déficits en matière de condition physique. Par contre, l’anxiété d’état, est modifiée après 20 minutes d’effort avec un effet prolongé d’une heure après l’exercice physique et persiste pendant 2 heures (Petruzzello et coll., 1991 ; Raglin, 1997 mais aussi Garvin et coll. (1997).

Dans notre travail avec les jeunes, nous avons pu constater que lors d’activités physiques, il y a une diminution des tensions tant chez les individus que dans le groupe. Cette réduction est très appréciable car elle crée une dynamique positive qui permet bien souvent de régler des problèmes autrement ardus que nous rencontrons avec ces mêmes personnes dans d’autres situations.

A titre d’exemple : prenons les camps de parapente et le moment du coucher. Jamais nous n’avons eu de chahut. Que du contraire. L’extinction des feux prévue vers 22 heures semblait pour certains jeunes tout simplement impossible à respecter, surtout pour ceux qui depuis un certain temps avait une relation plutôt sporadique avec l’école. Et pourtant, dès la deuxième nuit, à 22 heures, on obtenait le calme sans conflit, ni sévère rappel à l’ordre. Des explications simples suffisent. Ainsi, vers 23 heures, tout le monde était plongé dans les bras de Morphée. Si nous avions expliqué cela en début de camp, il est certain qu’on nous aurait traité de rêveur tant cette heure leur semblait matinale…

De plus, nous avons pu constater que cet effet peut se prolonger lorsque nous rencontrons par la suite, le jeune dans son milieu vie tel que le quartier ou la famille pour un autre problème. La communication « passe » mieux entre lui et nous pour autant que ce soit la même personne qui soit présente tant dans l’activité sportive que dans le suivi. Il n’y a donc pas de transfert du travailleur vers ses collègues ou son institution.

Pour illustrer cette prolongation d’un climat positif qui permet de débloquer des situations difficiles, évoquons l’exemple d’un groupe de jeune skin head aux symboles vestimentaires clairs qui, en camp, ont rencontré un autre groupe de jeunes d’origine étrangère. Ceux-ci devant partager les locaux collectivement, les rencontres furent impossibles à éviter et donc des confrontations ont eu lieu. Mais un début de dialogue a pu être noué et dans l’année qui a suivi, tous les symboles ou références au mouvement skin head avaient disparus. Ce changement radical n’aurait pas pu être évoqué avant le camp malgré les animations successives sur ces points. Dans ce deuxième exemple, on comprend que seule l’activité physique ne peut résoudre de telles difficultés mais qu’il faut autre chose.

La technique et la tactique :

Dans toute activité sportive, il y a une part technique et tactique à apprendre, à maîtriser pour arriver à l’objectif fixé. Avec nos jeunes, le niveau de départ n’a d’autre pré-requis que l’autorisation médicale de faire du sport.

Cependant, la difficulté proposée ne peut être résolue sans une maîtrise que seul le moniteur possède. Pour réussir, le jeune est donc bien obligé d’écouter l’adulte. Ce passage obligé remet en question la relation que certains jeunes peuvent avoir avec des personnes détenant un savoir qui les autorise à poser des actes. Ces défis procurent du plaisir et permettent d’exercer leurs aptitudes… « Lui, il sait et parce qu’il sait, il peut ». C’est une toute autre idée de l’utilité du savoir et de l’intérêt de le maîtriser. Soit le jeune entre dans le processus et il peut à son tour réussir, soit il n’entre pas dans le processus et c’est l’échec assuré. C’est d’autant certain que la première difficulté implicite qui se manifeste très rapidement dans les sports « fun » est la peur du risque. On en a très vite une perception claire pour ne pas dire aveuglante.

Etre perché à 350 mètres du sol sur une aire d’envol de parapente face à la vallée, se trouver à 5 mètres d’une faille qui s’enfonce dans la terre sans en voir la sortie, ou être au pied d’un rocher à grimper, donne directement une idée claire de ce qui va se passer.

De plus, se sont des problèmes qui ne figurent pas au rayon des difficultés quotidiennes pour lesquelles une expérience de base peut servir de modèle. Non, ici aucune référence. Mais le moniteur est là, alors on s’y accroche.

Pourtant, à y regarder de plus près, il n’est pas toujours là, à côté du jeune en difficulté, scotché sur son rocher ou coincé dans un goulot souterrain trempé jusqu’aux os. Le lien entre le jeune et le moniteur se crée uniquement par la parole.

L’exemple de ce jeune parapentiste débutant, qui s’élance pour la première fois dans un grand vol. Dénivelé : 800 mètres. Au départ, tout se passe bien. Décollage parfait avec éloignement correct de la falaise de départ. Le moniteur de départ a fait son travail par radio. Le jeune est suspendu ainsi dans le vide et le relais se fait avec le moniteur de réception qui lui, est dans la vallée avec sa radio. C’est lui qui donne les consignes de vol et les manœuvres à exécuter pour atterrir correctement. Le vol dure de 8 à 10 minutes. Seulement, voilà, le jeune ne répond pas aux appels du moniteur de base. Rien ! Comme s’il était sourd. Pas un geste. Il file droit devant lui, vers l’autre versant de la vallée… Même si on a du temps, les minutes passent et le stress au sol est au maximum. On vérifie les batteries, on change de radio…Rien ! Alors on est prêt à passer aux plaques en bois de secours pour donner les consignes quand tout à coup une réaction ! Il tourne et revient. Juste un problème de fréquence. La suite du vol est super. Mais une fois sur le plancher des vaches… Le jeune, à 50 mètres du moniteur, est dans une rage folle. Il défait rageusement son harnachement de voile. Furieux, il veut casser la figure au « mono » : « pourquoi tu me parles pas ? Parce que je pue sans doute…. ». Il a fallu plus d’un quart d’heure pour l’amener à quitter son envie très forte de régler le problème dans la violence et passer à l’explication de ce qu’il a vécu là haut, dans le ciel, pendant une minute, sans pouvoir entendre quelqu’un.

En sport l’autre prend une dimension différente et met en jeu la confiance que l’on a en soi. Dire « GO » n’est pas suffisant.

Le mental :

« Ils peuvent parce qu’ils croient pouvoir » Virgile.

Le doute. En matière de sport, pour le débutant, l’objectif proposé lui impose une réflexion sur le niveau de ses capacités réelles et celles à mettre en œuvre pour le réaliser. Il y a un écart entre celles-ci. Alors il doute. En retour, il se trouve des limites. C’est donc bien lui qui les produit. Ce processus limitant est sans limite. Pour rompre ce cercle d’impuissance, il faut faire le premier pas.

Pour faire le premier pas, il faut croire en soi. Il faut miser sur soi. Pour bon nombre de jeunes, c’est déjà un problème. La confiance en soi ne s’achète pas, ne se vend pas. C’est à nous de la produire pour nous-mêmes ce qui est en rupture totale avec une bonne part de notre environnement économique qui postule que tout s’achète et se vend. Un coup de pouce est parfois nécessaire. Il vient de l’autre qui dit : « tu es capable de le faire ». L’autre n’est pas un proche de l’environnement immédiat du jeune (copains de bande, parents, …). Ainsi lancé au pied de la difficulté du jour, il est impossible de reculer. D’abord, le jeune franchi de petites difficultés, ensuite, il se sent prêt pour accomplir une action plus vaste. A l’arrivée, quand l’objectif est réalisé, le jeune, se sent fier, valorisé, parce qu’il a été capable d’accomplir une tâche et sa confiance en soi s’accroît ; ce qui facilitera la réalisation de l’objectif suivant.

La motivation grandit. Par la suite, une certaine idée de soi même, les amène à vaincre les affres du doute pour poser l’acte attendu. C’est étonnant d’y assister et de constater la puissance du ressort personnel devant une grande difficulté créant beaucoup de stress. Ils s’administrent alors le petit plus nécessaire pour faire le pas.

Ainsi, sur l’aire d’envol, avec un dénivelé de plus de 800 mètres, il restait un jeune pour le décollage. Visiblement il a l’estomac noué et les muscles du visage sont tendus : « Maintenant que les filles l’ont fait, je ne peux plus reculer ». Il n’a pas reculé. Nous avons aussi déjà entendu : « Si les garçons peuvent le faire, une fille peut le faire aussi » Voilà ce qu’elle s’est dite juste avant de se précipiter avec sa voile vers la pente abrupte de la falaise.

« Il n’y a de vent favorable que pour celui qui sait où il va » Sénèque.

Pour terminer, signalons un effet puissant lui aussi : Le groupe. Souvent, ils ne se connaissent pas ou peu au départ. Même si nos activités sont courtes dans le temps, très vite, une certaine solidarité se manifeste spontanément entre eux car au fond, même les plus forts savent que personne n’est à l’abri d’une défaillance, du doute paralysant. Alors, on rit des chutes, des maladresses. On apprend l’humilité mais surtout, on encourage pour amener chacun à réussir. Cette solidarité porte et conduit chacun à sortir de soi pour aller en confiance vers l’autre et lui venir en aide.

Le jour du grand vol, on monte le col avec la jeep. Fou rire, voix vives, propos forts sont lâchés jusqu’au moment où le véhicule quitte l’asphalte sinueuse pour emprunter le chemin de caillasse et de terre. Moins de 50 mètres suffisent pour imposer le silence. Les visages deviennent graves et chacun entre en soi même. C’est toujours sans un mot, que le déchargement est effectué. Tout le monde, connaissant l’ordre d’envol, les voiles sont déployées sur l’aire de décollage par tous. Avant que le moniteur d’envol n’ait le temps de passer en revue l’inspection du matériel, chacun a déjà fait le tour de toutes les voiles, pour une dernière vérification. Les seules paroles audibles sont les encouragements envers celui qui va se préparer pour s’élancer quelques minutes plus tard.

Benoît Moury

Source :

Législation psy, INSERM, Activité physique contexte et effet sur la santé, août 2008 par INSERM

Législation psy, INSERM, Activité physique et pathologie, août 2008 par INSERM

Badzine, le WebZine FR du badminton : entretien- Aurélia Aubert « je ne suis pas une gourou ! »

Hervé le Deuf : Entraînement mental du sportif, édition amphora février 2002

Antoni Girod : Sport communication pédagogie, édition amphora 2005

Badzine, le WebZine FR du badminton : Que dit coach ? Pression…Pression.

Damien Lafont, Sport entrez dans la zone, édition amphora juin 2011

Marylène Pia, Gérer la pression en compétition, édition amphora février 2010

Galerie image