Accueil du site - Parents - Faire des erreurs, un moyen efficace pour grandir.

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Dans une société orientée vers le résultat, l’erreur a du mal à trouver une place, encore moins une place valorisée. La société nous apprend à voir l’erreur comme un échec dont il est courant d’avoir honte. Si les intentions éducatives des adultes sont le plus souvent positives, avec l’envie de motiver les enfants à s’améliorer, les moyens ne sont pas toujours réfléchis et sont souvent basés sur la dynamique de peur. Le « sois fort, sois parfait » est encore omniprésent dans l’éducation. Intégrer l’erreur dans le processus d’apprentissage demande à l’adulte « le courage d’être imparfait ». Comment y parvenir ?

L’outil des 3 « R » de la réparation tiré de la discipline positive est un excellent moyen de transmettre ce courage d’être imparfait et partant, de faire germer l’opportunité d’apprentissage. Tout d’abord, il est important de Reconnaître sa part de responsabilité dans une erreur. Si nous considérons les erreurs comme la marque de nos faiblesses, nous aurons tendance à nous sentir inadéquats et découragés ; ce qui peut nous rendre défensifs, moralisateurs et critiques vis-à-vis de nous-mêmes et des autres. Les intégrer dans le processus d’apprentissage nous donne le courage de les reconnaître et les assumer (« Oups ! J’ai fait une erreur »). Le deuxième « R » consiste à Réconcilier « Je suis désolé d’avoir… ». Ces deux premiers « R » de la réparation permettent de créer une connexion préalable à la 3ème étape du processus : Résoudre. Il est inutile d’essayer de trouver des solutions sans avoir d’abord créé la connexion et sans avoir retrouvé au préalable son calme. Dès lors que les adultes reconnaissent leur part de responsabilité dans le déclenchement d’un conflit, les enfants sont enclins à suivre leur exemple et à en assumer leur propre part. Les enfants apprennent leur responsabilité quand les adultes sont, avec eux, des modèles de cette compétence. Voici un exemple qui illustre cet outil : un jour, une mère surprend son fils Jordan, âgé de 8 ans en train de donner un coup de pied à son petit frère de 6 ans. Très fâchée contre Jordan et soucieuse de lui enseigner qu’on ne doit pas frapper, elle prend Jordan à part pour le gronder : « tu crois que tu aimerais, toi, qu’on te frappe comme ça ? ». Et pour mieux lui faire comprendre, elle lui donne un coup de pied qui le frappa plus fort qu’elle n’en avait réellement l’intention. Quel parent n’a jamais craqué ? Qui n’a jamais réagi par des moyens dictés par la colère, au lieu de recourir à des outils qui auraient été plus bénéfiques sur le long terme ? Peu après, cette mère reconnut son erreur,…elle prit Jordan à part pour s’excuser : « Jordan, je suis vraiment désolée de t’avoir donné un coup de pied ; j’étais tellement furieuse que tu aies frappé ton frère…mais en fait, je t’ai fait exactement ce qui m’avait rendue furieuse contre toi. Tu dois trouver que ce n’est vraiment pas malin ». Jordan la regarda un peu en biais. Elle continua : « En plus, ce n’était vraiment pas gentil de ma part ». Jordan dodelina un peu de la tête. « Est-ce que tu te sens mieux maintenant que je me suis excusée ? ». Jordan approuva. « Et ton petit frère, comment crois-tu qu’il se sentirait si tu allais lui présenter des excuses ? ». Jordan marmonna « Ben mieux ». La mère reprit : « Qu’est-ce que tu dirais d’aller lui présenter des excuses et ensuite, on se retrouve tous les trois pour chercher comment résoudre le problème que tu avais avec ton petit frère ? ». Le lendemain, les deux frères se réunirent. Chacun donna sa version de ce qui s’était passé, comment cela avait commencé, ce que chacun ressentait ou avait appris et comment chacun proposait de résoudre le problème. Les deux frères étaient ravis de la solution qu’ils avaient pu finalement trouver pour essayer de ne plus se battre. Grâce à cet incident, cette mère a pu être un exemple pour ses deux enfants et elle a pu leur enseigner plusieurs compétences utiles : celle de reconnaître ses responsabilités, de savoir s’excuser, d’aider ses enfants à en faire autant, d’apprendre à s’écouter et de trouver des solutions ensemble. Si nous nous souvenons du temps où nos enfants apprenaient à marcher. Le plus souvent, lorsqu’ils leur arrivaient de tomber, ils se relevaient, parfois après quelques larmes, avant de reprendre leur route sans honte car déjà tournés vers l’étape suivante. Les chutes faisaient partie intégrante de leur apprentissage. Et nous, parents, nous les encouragions à recommencer ! Aider nos enfants à conserver cette simplicité dans les apprentissages au fur et à mesure qu’ils grandissent ne peut se faire qu’en redonnant sa juste place à l’erreur. Les conflits, les incidents et tous les défis que l’on rencontre sur le chemin éducatif sont aussi, à l’image des erreurs, des opportunités d’apprentissage et peuvent être regardés de la même façon. Croire qu’il faut être parfait dans notre rôle de parent nous écarte de la possibilité d’apprendre, de progresser et d’en tirer de la joie. Alors un bon conseil : continuez à faire des erreurs !

Maria Morelli Bibliographie

Jane Nelsen, « La discipline positive. En famille et à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance », Ed. du Toucan, Paris, 2012.