Accueil du site - Professionnels - Secteur AAJ - « En quête de sens »

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Pour analyser cette production de sens, nous nous baserons sur le cours du professeur Ph Sarrazin de l’université de Grenoble intitulé « La motivation ». Celui-ci explique que « pour B Weiner, le comportement d’un individu est influencé par la façon dont il perçoit les causes de ce qui lui arrive…cette théorie accorde plus d’importance à la construction de la réalité par l’individu qu’à la réalité en elle-même. »

Dans notre exemple Kate est confrontée au placement en urgence de ses trois enfants. Cet acte vient pointer dans son chef une déficience, des manques…bref, des éléments négatifs dans la manière de remplir son rôle de maman. Cette fonction de parent est le plus souvent fortement investie par l’être humain, ce qui est le cas ici, et par conséquent, cela aura un retentissement non négligeable. On sait d’ailleurs que les individus pratiquent un biais en s’auto attribuant plus facilement les succès, grâce à leur mérite. Alors que les échecs sont rejetés sur une cause externe. Cause sur laquelle, l’individu a peu ou pas de prise, comme par exemple la faute à pas de chance . Le but étant de protéger son estime de soi ainsi menacée. Des recherches « indiquent que les sujets ayant une faible estime d’eux-mêmes sont plus susceptibles de ressentir des sentiments de culpabilité, de crainte morbide de l’échec, et qu’ils sont plus vulnérables à différents problèmes psychologiques ». De plus, une faible estime de soi correspond à une grande difficulté « à rebondir » dans l’adversité. Cela n’est pas anodin car ici la question de la durée du placement pourrait être tributaire de cette capacité à reprendre le dessus, donc, de reprendre ses enfants pour Kate. La cause est déterminante pour l’avenir et mérite bien notre attention. Au début de l’entretien, Kate déclare : « c’est un coup de mon ex ». La cause est externe (on la qualifie de cette manière car elle est située en dehors de Kate). C’est une proposition « confortable » parce qu’elle a l’avantage de préserver l’estime d’elle-même comme nous l’avons précisé plus haut. En outre, cette malveillance de son ex a l’avantage de ramener au devant des préoccupations la séquence de disfonctionnement qu’elle connaît bien et qui est connu des services sociaux depuis longtemps. Elle attend, donc, que nous accréditions son affirmation causale. La logique de l’engagement dans cette voie est de lui proposer de rencontrer cette personne très puissante (de son point de vue) pour aborder le problème. L’obstacle sera évidemment de convaincre Kate. Elle émettra certainement de solides réserves en tout genre, voir un refus sur l’inutilité d’une telle démarche. L’enjeu d’une telle discussion qui s’engage serait de promouvoir l’idée que l’ex, qui a tant de pouvoir, peut recommencer à agir pour lui nuire dans un avenir plus ou moins proche…qu’elle ne peut écarter cette éventualité et qu’elle est donc soumise à son bon vouloir. On souligne ainsi l’inconvénient de cette cause externe car elle est hors de contrôle et donc on se retrouve dans une position d’impuissance puisque non modifiable. Pour changer cela, Kate va mentalement faire une supputation sur les chances d’obtenir un résultat favorable et ce rapport entre le résultat désiré et le résultat probable s’appelle la confiance en soi. Elle exprime des craintes, des angoisse, elle doute. Et ce faisant, elle en revient à elle et au récit de « son aventure ». Elle nous raconte : « …J’étais seule chez moi après les événements. Ma maison était dans un grand désordre alors j’ai tout rangé avant de nettoyer. « Vous comprenez seule avec trois enfants ce n’est pas facile tous les jours. C’est vrai que ces derniers temps je me suis laisser allée. Je suis un peu dépassée… ». Le désordre régnant dans sa modeste habitation est le signe de son laissé aller ou dépassement. Elle s’attribue maintenant la cause qui devient ainsi interne. C’est une position qui est certes plus difficile à tenir car moins valorisante mais elle la situe sur un point spécifique, contrôlable et modifiable (le désordre). Ce point est moins menaçant et lui donne la capacité de remédier à la situation. Cette proposition de responsabilité dans une situation d’échec est bien plus valorisée socialement en général et permet donc aux interlocuteurs d’acquiescer bien plus vite à nos dires. Comme pour la cause externe, elle en arrive au point de la validation de sa nouvelle proposition causale. Est-ce que sa proposition sera suffisante pour écarter l’incertitude d’un placement ? Le doute s’impose à nouveau et le problème de la confiance se repose. La confiance en soi est un terme souvent utilisé dans de nombreuses publications. Comment faire pour l’acquérir ? Ce sujet sera abordé lors d’un prochain article. Article écrit par Benoît Moury 1/Popularisé par John Fitzgerald Kennedy extrait de la conférence de presse du 21 avril 1961. « La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline ».

2/ « L’échelle de l’estime de soi de Rosemberg » E VALLIERES et R VALLERAND 1990.