Accueil du site - Problématiques - En « Kate » de confiance.

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Cet article est la suite de deux autres. Le premier, « Le regard de l’autre », contient en son premier paragraphe les éléments de la situation de Kate et le second, « En quête de sens » se termine sur le problème de la confiance : comment faire pour en acquérir ?

Après quelques jours de placement, Kate récupère ses trois enfants. Elle évoque son bonheur d’une vie familiale qui a repris son cours normal jusqu’au moment où son récit aborde une difficulté inattendue pour elle. Le petit dernier pleure. Il pleure si elle change de pièce et qu’il ne peut plus l’apercevoir, encore des pleurs si elle part faire des courses sans lui, idem pour l’école…elle doit impérativement l’emmener partout où elle se rend. Cela lui complique singulièrement la vie. Elle aurait tant souhaité effacer ces jours de séparation, oublier ces instants comme on le fait avec un mauvais rêve mais non, les faits sont têtus et il va falloir faire avec.

Il apparaît évident que la surprise du placement a insécurisé l’enfant. Son expérience récente lui a fait découvrir qu’il pourrait perdre sa mère sans qu’il puisse comprendre le pourquoi, voire anticiper cette séparation. Devant cette incapacité de contrôler un événement aux effets importants, l’être humain peut soit se mettre dans une position d’abandon où il refuse de s’engager (à quoi bon ?) ou bien manifester son embarras. Les pleurs sont le seul signal que cet enfant ait trouvé pour montrer son inquiétude et rappeler sa mère auprès de lui. C’est efficace de son point de vue…et surtout sécurisant. Ils sont maintenant soudés l’un à l’autre alors que ce n’était pas du tout le cas quelques jours avant.

Le désarroi de son enfant fait écho chez Kate. Elle ne sait pas vraiment comment y faire face. « Oui, là est l’embarras. » comme l’écrivait William Shakespeare (1). En effet, cela ne fait pas partie du « kit » éducation que de savoir comment s’y prendre dans une telle situation qui n’est pas normale. Elle est donc mise en position d’incompétence, incompétence déjà soulignée par l’action des services sociaux ayant pratiqué le placement en urgence. On a ainsi un effet de renforcement chez notre maman de son sentiment d’incapacité.

Bandura a étudié le problème de la compétence et de son influence sur le sentiment d’auto efficacité qu’il a défini comme ceci : elle représente « les jugements des individus sur leurs capacités à organiser et exécuter le déroulement d’une action requise pour atteindre les performances désirées » (2). C’est un des deux éléments de la confiance en soi et de ce point de vue Kate doit s’estimer assez nulle pour le moment. Sa tendance naturelle sera dès lors de se fermer pour protéger son estime de soi comme nous l’avons vu dans notre deuxième article sur le sujet : « En quête de sens ». Pour continuer à avancer il reste le deuxième élément de la confiance en soi nommé les croyances de contexte sur lesquelles un travailleur social peut insister. En effet, elle a pu réagir très vite face aux organismes qui ont activé le placement de ses trois enfants et elle a su se montrer assez adéquate à leurs yeux pour obtenir un retour rapide à la maison. Ce n’est pas rien. Cela mérite d’être souligné car tous n’arrivent pas à un tel résultat. Cette mise en évidence par nous, autre tiers significatif de même niveau que les services de placement tout en étant différent dans ces buts et modalités d’action, va venir nuancer positivement son évaluation d’elle-même, la changer. Nous sommes très sensibles à l’évaluation des autres et à leur regard. Déjà Socrate avait mis en évidence la nécessité de la présence d’autrui, du regard de ceux-ci sur ce que nous sommes, sur nos actions, notre paraître… qui fonctionnent comme un miroir, nous renvoyant ainsi une image de nous-mêmes vue par les autres. De cette façon Kate découvre le regard des institutions sociales sur elle-même et doit faire avec à partir de maintenant. Cela nous ramène a toute l’importance signalée dans l’article premier : « Le regard de l’autre ».

Benoît Moury

1/Shakespeare W, 1994, Hamlet, traduit de l’anglais par Hugo V, Acte 3 scène 1, Paris, Librio

2/Bandura A, 2003, Auto-efficacité, le sentiment d’efficacité personnelle, Bruxelles, De Boeck