Accueil du site - Problématiques - Décrochage scolaire et capital social

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Dans le cadre d’une conférence donnée à l’initiative du CAAJ, Monsieur Philippe DEFEYT – président du CPAS de Namur – est convié à aborder le thème suivant : « L’insertion professionnelle et/ou insertion sociale ». L’objectif étant de resituer les valeurs d’une insertion SOCIO – professionnelle dans une dynamique plus large d’épanouissement du jeune dans notre société.

Comme vous le découvrirez dans l’extrait repris ci-joint, monsieur DEFEYT fait référence à la notion de « capital social », notion indispensable dans la réalisation, la concrétisation de tout objectif donné. Par le biais d’un exemple concret, le président du CPAS de Namur met parfaitement en exergue l’importance d’acquérir un capital social suffisamment développé pour tendre à un certain bien-être. En effet, il apparait de manière évidente que la notion de capital social est aussi importante que la somme des compétences et connaissances acquise lors de nos formations.

Cet extrait nous a paru pertinent car nous pouvons d’emblée faire le lien avec une problématique récurrente au sein de notre A.M.O., celle du décrochage scolaire.

En effet, Monsieur Defeyt évoque la notion de capital social dans un contexte d’insertion socio-professionnelle. Par conséquent, il s’adresse davantage à un public de jeunes adultes.

Notre expérience professionnelle nous fait penser que le capital social se créé dès notre plus jeune âge et nous le définissons comme suit :

L’ensemble des interactions entretenues par le jeune avec son milieu, sa capacité à créer des relations avec autrui, à communiquer et dès lors à entrer dans un processus d’acceptation de soi, des autres, et donc de confiance en soi et aux autres.

Si le jeune bénéficie d’un capital social suffisamment développé, il sera alors à même de tisser des relations durables.

Cependant, pour développer ce capital social, le jeune a besoin d’être apprécié, encouragé et d’obtenir la confiance de son entourage ; ce qui lui permettra notamment de se forger une bonne estime de soi.

Aussi, selon Jean-Pierre Pourtois et Huguette Desmet, auteurs du livre « L’éducation postmoderne » (aux éditions Education et formation Puf), l’estime de soi influence notre manière d’apprendre, notre capacité d’adaptation aux situations rencontrées et les relations créées avec autrui.

A échéance, une faible estime de soi risque d’altérer nos relations, d’entrainer une certaine agressivité, une vulnérabilité, voire un état dépressif.

Monsieur Pourtois et Madame Desmet évoquent également le lien entre l’échec scolaire et la perte d’estime de soi. Ils font référence à une sorte de spirale dans laquelle le jeune se cloisonne lorsqu’il est en proie à l’échec.

Les auteurs la décrivent comme suit :

« Echec scolaire -> sentiment de dévalorisation -> perte de confiance en soi -> nouveaux échecs -> jugements négatifs du maître -> attentes négatives de ce dernier -> renforcement de l’échec -> amplification de la dévalorisation de soi et ainsi de suite. »

Cette spirale nous démontre à quel point l’échec scolaire peut être tributaire de l’estime qu’un jeune peut avoir de lui-même et des relations entretenues avec ses professeurs.

Mais l’estime de soi est également liée à l’intégration du jeune dans sa classe, à ses rapports aux autres, à l’aide qu’il pourra recevoir ou non de ses camarades de classe, aux valeurs véhiculées par l’institution, etc.

Si l’estime de soi influence le capital social ainsi que notre manière d’apprendre, il nous semble logique que le capital social soit lié à l’accrochage scolaire.

Ces réflexions nous amènent à nous poser plusieurs questions :

Dans un premier temps, qu’en est-il de la participation de l’école au développement du capital social du jeune ?

D’un point de vue légal, « l’article 6 §1°, 3 ° et 4 ° du décret mission pour l’enseignement en Communauté française prévoit notamment les objectifs généraux suivants :

-  1° promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves ; …

-  3° préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ;

-  4° assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale. »

En conclusion, l’école joue effectivement un rôle prépondérant dans le développement du capital social des étudiants.

Une autre question reste ouverte : Sachant que l’école contribue au développement du capital social et partant de l’hypothèse d’un lien entre ce dernier et l’accrochage scolaire, quelles sont nos perspectives de travail ?

Dans la lutte contre le décrochage scolaire, Transit travaille à la restauration du capital social en partenariat avec le milieu scolaire et les autres services A.M.O. et ce, par le biais des projets suivants :

Nous pouvons notamment citer « Le Passage » dont l’objectif est de prévenir l’absentéisme et le décrochage scolaire en facilitant l’accès à l’école secondaire, en évitant une trop grande perte des repères, en travaillant sur les représentations des élèves et l’image de l’école. Lors de ce projet, nous nous sommes aperçus de l’importance pour le jeune d’être attaché à son école, d’être accepté par les autres, de créer des liens avec ses camarades de classe, d’être considéré. Ceci favorisera un meilleur accrochage scolaire et une plus grande ouverture aux apprentissages.

Autre projet, intitulé « Vide ton sac », abordant le thème de la violence à l’école et le phénomène du bouc émissaire. Ce projet a pour objectif de travailler l’acceptation, de pointer les ressources personnelles, scolaires, familiales et sociales du jeune afin qu’il puisse acquérir suffisamment de confiance en lui, au groupe pour faire face aux difficultés rencontrées.

Ces deux projets ont fait l’objet d’animations scolaires principalement dans les classes de 5ème, 6ème primaire et de 1ère secondaire.

Enfin, nous réalisons, entre autre, des animations scolaires au sein d’une classe où il a été constaté, au cours des années précédentes, un taux de décrochage scolaire élevé. Les jeunes sont acteurs d’un projet. Nous utilisons la vidéo comme outil de travail. Ils apprennent à se connaître, à éprouver des plaisirs ensemble, à s’investir dans le projet qui leur est confié. Cela permettant de susciter une certaine motivation, une valorisation de leur personne et, finalement, leur accrochage scolaire.

Paroles de jeunes : « Cette animation nous a permis d’apprendre à connaître les autres (exclus du groupe), de les voir différemment, de créer un esprit de groupe. »

Par Sonia Renero du personnel psycho-social de l’AMO Transit et Vanessa Van Duyse.