Accueil du site - Thématique - Décrochage accrochage scolaire : des mots aux actes

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Le décrochage scolaire représente le fait qu’un jeune se retrouve complètement hors d’un établissement. Cette problématique est régulièrement rencontrée dans le cadre du travail en milieu ouvert. Cette dernière peut recouvrir diverses sources, elle est multifactorielle. Lorsque l’on envisage l’accrochage scolaire, il faut imaginer tous les aspects, tous les liens, ainsi que les différents environnements ayant un lien direct sur la relation qu’entretient le jeune avec sa scolarité. Le décrochage scolaire est un fait, une situation dans laquelle le jeune s’est installé. Lorsque l’on parle uniquement en termes de décrochage scolaire, on énonce un fait, sans pour autant imaginer une manière de favoriser la réinsertion scolaire du jeune.

Les termes d’accrochage scolaire

L’accrochage scolaire est une notion très complexe et difficile à définir. En effet, il n’existe que très peu de littérature traitant de cette question. Cependant, après avoir consulté quelques ouvrages, l’accrochage scolaire pourrait être défini de la manière suivante : « L’accrochage scolaire représente l’ensemble des actions mises en place dans le but de favoriser l’intégration du jeune au sein de son établissement scolaire. L’objectif poursuivi est d’éviter la fuite du jeune de son établissement scolaire. Pour y parvenir, on cherchera à mettre en place des mesures pour qu’il s’y sente bien, qu’il s’y épanouisse. » Travailler l’accrochage scolaire, c’est avant tout envisager la question de la prévention. Cette prévention peut à la fois se retrouver au sein du travail communautaire, mais aussi dans le travail individuel réalisé avec les jeunes et les familles. En effet, comme dit plus haut, la problématique du décrochage scolaire est à envisager comme dépendante de divers facteurs en interaction les uns avec les autres. Elle peut à la fois dépendre de l’environnement scolaire, de la situation familiale, ainsi que de toutes sortes d’autres problématiques auxquelles le jeune peut un jour être confronté dans sa vie. En travail communautaire, l’accrochage scolaire peut notamment se décliner en une série de projets menés au sein des établissements scolaires. Ce travail communautaire auprès des établissements scolaires est réalisé par la plupart des AMO.

Par les mesures préventives dans le but de favoriser l’accrochage scolaire, on entend davantage l’idée de répondre aux problématiques pouvant amener le jeune à se retrouver en situation de décrochage scolaire. Il s’agira, dès lors, de travailler à la fois sur le fonctionnement des jeunes seuls, entre eux, mais aussi sur le fonctionnement institutionnel. Les thématiques du harcèlement, du bouc-émissaire, de l’utilisation des nouvelles technologies… seront notamment abordées et travaillées avec les jeunes. L’objectif est également de susciter des attitudes de coopération et d’empathie chez les enfants. Travailler l’accrochage scolaire et le fonctionnement institutionnel au sein des écoles, c’est également être amené à travailler avec divers partenaires. Dans la pratique, nous pouvons constater que cela n’est pas chose aisée. Il faudra, dès lors, chercher à rencontrer l’autre dans l’objectif que l’on a en commun. Cette problématique peut notamment se rencontrer avec certains professeurs lorsque ces derniers auront l’impression de sortir de leur rôle d’enseignant en faisant de la prévention. Par exemple, beaucoup d’enseignants éprouvent des difficultés à percevoir l’intérêt de travailler la problématique du harcèlement sur le Net. Ils ne comprennent pas toujours le rôle qu’ils ont à jouer face à cette problématique. Il sera donc intéressant de rappeler l’objectif de former le jeune à la citoyenneté et au vivre ensemble, qui est inhérent à la fois à la formation d’enseignant, ainsi que de travailleur social. En effet, l’Article 6, paragraphe 3 du Décret Mission nous dit qu’un des rôles de l’Enseignement est de « préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouvert aux autres cultures. ». Lorsque l’on met en place des activités de prévention au sein d’une école, on peut très vite se retrouver face à un paradoxe. En effet, l’idée de la prévention est de mettre des choses en place afin d’éviter l’apparition d’un hypothétique danger futur qui risquerait de causer un dommage. Cependant, il arrive qu’une école sollicite un service tel qu’une AMO lorsque le danger, voire le dommage, est déjà présent et bien installé. Comment faire de la prévention et éviter un danger, alors qu’il est déjà présent ? Pour être au clair avec cette notion de prévention, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) la découpe en trois niveaux que j’illustrerai par la problématique du harcèlement dans les écoles :
-  Tout d’abord, il y a la prévention primaire pour laquelle il s’agit d’éviter les risques par la suppression ou la réduction du danger. Dans ce premier cas de figure, il pourra par exemple s’agir d’une école qui désire travailler la problématique du harcèlement en travaillant de manière anticipée, alors qu’aucun fait connu ne s’est encore produit.
-  Ensuite, il y a la prévention secondaire qui a lieu lorsque le danger est déjà présent, mais qu’il est impossible de le supprimer. Ce niveau de prévention portera sur la diminution du risque qu’un dommage se produise. Ce deuxième cas de figure aura par exemple lieu lorsqu’une école aura remarqué plusieurs cas de harcèlement au sein de son établissement, mais désirera travailler afin d’éviter que des conséquences négatives n’en découlent.
-  Enfin, la prévention tertiaire a lieu lorsque les deux niveaux de prévention précédents ont échoué. Il s’agira de diminuer les effets du dommage ou tout du moins apaiser les souffrances. Il s’agira par exemple d’intervenir au sein de l’établissement après que le harcèlement ait eu des conséquences négatives, telles qu’un suicide. Bien que, de prime abord, on pense davantage au travail communautaire lorsque l’on envisage l’accrochage scolaire, ce dernier est également travaillé individuellement lors d’entretiens. En effet, bien que le travail avec le jeune se fasse généralement lorsque la situation de décrochage scolaire est déjà bien installée, il s’agira de dépasser l’aspect curatif du suivi afin d’envisager ensemble, intervenant social et jeune, l’avenir. Il s’agira de mettre en place toute une série de comportements qui permettront au jeune de ne plus se retrouver à l’avenir en situation de décrochage scolaire. Lorsque l’on envisage de travailler avec un jeune en situation de décrochage scolaire, l’erreur est d’impérativement chercher à trouver des solutions au problème. Parler d’accrochage scolaire, c’est avant tout penser à ce que l’intervenant et le jeune pourront mettre en place, ensemble, pour sortir de cette situation nocive pour l’intéressé. Comme dit plus haut, le décrochage scolaire est un fait. Parler de décrochage scolaire, c’est envisager l’action, la mobilisation des différents acteurs. Il s’agira également de ne pas seulement envisager la manière de sortir de cette situation, mais bien de mettre des choses en place pour qu’à l’avenir le jeune ne vive plus cette situation.

La connotation positive de l’accrochage scolaire

Généralement, l’appellation « décrochage scolaire » est chargée d’une connotation négative. Cela est susceptible de jouer sur l’estime que le jeune a de lui-même. Selon Bernard DELVAUX, chercheur au sein de l’Université Catholique de Louvain (UCL), le décrochage scolaire est clairement associé à une destruction de l’estime de soi. Le sentiment d’efficacité du jeune diminue, ce qui affaiblit les chances de réussites de ce dernier. A partir de ce moment, l’escalade est facile. En effet, le jeune perd confiance en lui, en ses capacités, ce qui réduira ses chances de réussites et augmentera ses chances d’échec. Après chaque échec, il perdra encore davantage confiance en lui. Cette relation entre l’estime de soi du jeune et la réussite est également mise en avant par Jean-Pierre POURTOIS et Huguette DESMET au sein de leur ouvrage « L’éducation postmoderne ». En effet, ils nous expliquent que l’échec scolaire mène souvent le jeune à une baisse de son sentiment de capacité, accompagnée de la naissance d’un sentiment d’infériorité et d’une baisse de l’estime qu’il a de lui-même. En effet, le jeune, suite aux échecs scolaires vécus, va peu à peu perdre confiance en lui. Cette perte de confiance en lui va généralement encore susciter davantage d’échecs, ce qui va encore plus renforcer le sentiment d’incompétence. Le jeune peut se retrouver très vite enfermé au sein d’une spirale infernale. Cette perception négative de l’image de soi peut encore se voir renforcée si l’échec est commenté de manière négative par les professeurs ou les proches du jeune. De plus, le jeune en situation de décrochage scolaire vit régulièrement cela comme quelque chose de lourd. Il peut se sentir stigmatisé et culpabiliser, ce qui ne facilite pas ses chances de sortir de cette situation problématique. Dès lors, au-delà de l’aspect pratique, privilégier le terme « accrochage » à celui de « décrochage » permet de donner une certaine connotation positive à l’intervention réalisée auprès du jeune. En effet, le jeune en décrochage scolaire vit souvent cette situation comme étant quelque chose de lourd, il se sent généralement coupable et cela peut avoir un gros impact sur l’estime qu’il a de lui-même. Se focaliser sur les choses à mettre en place plutôt que sur la problématique en elle-même permettra au jeune d’être acteur à part entière dans le processus d’évolution de sa situation, ainsi qu’à regagner en estime de lui-même. On ne s’attardera plus sur les « faux pas » du jeune, mais plutôt sur la manière de se sortir de cette situation problématique, ainsi que d’éviter de replonger dedans à l’avenir.

En conclusion

Parler en termes d’accrochage scolaire permet avant tout de se focaliser sur les actions à mener et non pas sur la problématique en elle-même. Le jeune change de position par rapport au décrochage scolaire. Au lieu de le subir, le jeune mobilisera ses ressources personnelles et deviendra acteur du changement de sa situation. On sort de la spirale négative pour envisager l’avenir positivement. Travailler l’accrochage scolaire, c’est avant tout envisager des actions de prévention. Ces-dernières peuvent à la fois relever de la sphère communautaire (notamment par rapport au travail réalisé en partenariat avec les écoles), mais aussi au niveau individuel, par les actions et comportements que le jeune va mettre en place afin d’éviter de replonger dans une situation similaire à l’avenir. La situation de décrochage scolaire peut s’avérer lourde pour le jeune, diminuant son sentiment d’efficacité, ce qui augmente le risque d’échecs. Parler d’accrochage permet d’envisager positivement, avec le jeune, une manière de sortir de sa situation. On pense à la manière de l’activer, de le rendre acteur de son changement, et ainsi augmenter son sentiment de compétence. Bref, lorsque l’on parle d’accrochage scolaire, on va sortir de la problématique pour envisager les actions qui peuvent être mises en place, que ce soit avec le jeune, les écoles ou encore d’autres services…

Andy RASSEL

Bibliographie

- POURTOIS, Jean-Pierre ; DESMET, Huguette. L’éducation postmoderne. Editions Puf : Paris, 2007. 321p.
- Décret Missions de l’Enseignement du 24 juillet 1997
- Le site de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) : http://www.who.int